Préface à l'étude de préfiguration
d'une médiathèque bretonne

     Rares sont, à l'échelle de la planète, les peuples qui n'ont pas subi, à un moment donné de leur histoire et à un degré différent selon les cas, une forme ou une autre de domination. Certains ont été rayés de la surface du globe. D'autres se sont soumis et fondus dans la population environnante. D'autres, enfin, se sont révoltés, souvent violemment, avec des succès variables. Ainsi s'est déroulée, jusqu'à nos jours, une grande partie de l'histoire de l'humanité.

     N'est-il pas temps, à présent, de chercher de nouvelles voies, qui permettent à la fois la reconnaissance de l'originalité des peuples, même les plus modestes, et une vaste réconciliation ? Le concept d'altérité peut, à cet égard, servir de fil directeur à un nouveau comportement politique : chaque groupe, pour être reconnu comme "autre" et disposer des moyens de vivre sa spécificité culturelle au sein d'un ensemble plus étendu, se doit de reconnaître et respecter "les autres" autour de lui et chez lui. C'est simple. Mais si difficile.

     Les observateurs avertis savent que la culture bretonne a toujours été ouverte au monde. Toutefois, l'attirance pour "l'autre" semble depuis quelques années plus forte que jamais, notamment sous la forme du goût pour le métissage musical. C'est l'indice que les passionnés de culture bretonne découvrent et mettent progressivement en pratique cette notion d'altérité, qui est peut-être l'une des clefs de l'avenir de l'humanité, mais qui exige d'atteindre une maturité et une conscience de l'universel, qui ne s'acquièrent pas subitement.

     Et aujourd'hui, l'association Levraoueg ar Vro, entraînée par la réflexion pénétrante de Christian Demeuré-Vallée, offre au Conseil régional de Bretagne l'occasion de concrétiser cette notion d'altérité. Sous la forme d'un Centre de la mémoire culturelle de Bretagne ou d'une Médiathèque des langues et de l'altérité, les élus bretons peuvent donner à la Bretagne une institution où la langue bretonne vivra sa plénitude humaine. Plénitude locale, alliant la vieille langue des paysans et des marins pêcheurs à la langue moderne et fougueuse des jeunes clercs, alliant l'oralité à l'écriture et alliant la reproduction de l'immémorial à la production des outils du futur. Et surtout, plénitude universelle, accordant à l'humble langue bretonne la faculté d'être un instrument de travail du troisième millénaire et la plaçant harmonieusement au milieu des autres langues du monde, comme une pierre au sein d'un gigantesque édifice humain.


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© Ronan LE COADIC - Tous droits réservés.
Président de Levraoueg ar Vro - Septembre 1999