| Première partie : un mythe vivant |
L'identité est une construction de l'esprit L'identité, en général, est une
représentation. Et lorsqu'on écoute les Bretons parler
de leur identité particulière, on éprouve
l'impression d'entendre un récit mythique. Par la formulation
du propos, en premier lieu ; en effet, les personnes
interrogées emploient volontiers le présent de
l'indicatif et la troisième personne du singulier. Ce qui
donne des phrases du type : "le Breton est ceci", ou "le Breton est
cela". Ce propos est très assertif, de même que le
mythe. De plus, certains thèmes récurrents dans les
entretiens relèvent également du domaine mythique. Il
en est ainsi de "l'âme bretonne", de "l'esprit breton", de
"l'identité éternelle du Breton", du "coeur",
etc. Ce côté mythique du propos relatif à l'identité bretonne n'exclut pas l'émotion. Bien au contraire, une très vive émotion ressort de tous les entretiens. Représentations de la bretonnitéLes caractéristiques de la bretonnité qui ressortent des entretiens sont :
J'ai étudié quelques ouvrages de la
littérature française du XIXe siècle : Flaubert,
Balzac et Hugo et les ai mis en parallèle avec des ouvrages
d'auteurs bretons des XIXe et XXe siècles. En outre, plus on remonte dans le temps, plus l'opposition devient vigoureuse ; en particulier au Moyen Age, lorsque la Bretagne est en conflit avec la France. Essai d'interprétationComment interpréter ces représentations ? Notons en premier lieu qu'il existe de remarquables convergences entre l'image des Bretons, celle des femmes, et celle des Noirs. Pour prendre l'exemple de la négritude, il ressort des ouvrages de Léopold Sedar Senghor et des autres auteurs qui ont travaillé sur cette question, que le Noir serait émotif, intuitif, rebelle et proche de la nature. Le guerrier noir serait d'une sensibilité féminine, etc. On retrouve donc dans la négritude les mêmes éléments que dans la bretonnitude. Comment cela peut-il s'expliquer ? Dans ces trois cas nous avons affaire à des dominés. Or, en matière d'identité collective, pour construire une représentation positive de soi-même, il est utile (peut-être même indispensable) de se distinguer d'un autre groupe, auquel on attribue une identité négative. J'émets donc l'hypothèse que les traits des Bretons sont ceux qui leur ont été laissés par les auteurs français, comme une sorte de négatif de la francité. Ces traits ont ensuite été revalorisés par les auteurs bretons ; de même que le stéréotype du Noir, envers de l'européanité, a été revalorisé par les auteurs de la négritude. En revanche, les mouvements féministes, au lieu de revaloriser les stéréotypes relatifs aux femmes, les combattent. Pour en revenir au cas breton, comment les représentations et les stéréotypes se diffusent-ils ? Comment se fait-il qu'ils soient si forts et qu'ils soient admis par les Bretons eux-mêmes ? Il me semble que la socialisation joue à cet égard un rôle absolument fondamental. Qu'elle soit familiale ou scolaire. J'ai étudié les manuels d'histoire-géographie de la fin du XIXe siècle aux années 1960, et il en ressort une grande constance dans la transmission du stéréotype. Face au stéréotype, ou aux représentations (et à ce qu'elles peuvent éventuellement avoir de négatif), les Bretons ont la possibilité d'adopter plusieurs types d'attitudes. |
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