L'identité Bretonne : Introduction

     "Qu'est-ce que l'identité bretonne ?" Telle est la question un peu naïve que je me suis posée il y a quelques années. Très vite, il est cependant apparu nécessaire de réfléchir au concept d'identité en général. Selon la phrase d'Erik Erikson (qui a introduit la notion d'identité dans les sciences humaines), "plus on écrit sur ce thème et plus les mots s'érigent en limite autour d'une réalité aussi insondable que partout envahissante"...

     Toutefois, il faut bien condenser quelque peu cette "réalité insondable". Et je propose de la ramener à l'union de trois propriétés : unité, permanence et unicité. En effet, l'identité d'un groupe humain est l'ensemble des traits communs à tout ce groupe (unité) qui sont stables (permanence), et lui sont propres (unicité).

     Or, en dehors de la République Française ("une et indivisible", comme chacun sait !) il n'existe guère dans le monde d'exemple de collectivité qui soit une, permanente et unique. Il faut donc admettre que l'identité n'est pas une réalité concrète et matérielle mais une représentation sociale.

     C'est en partant de cette constatation que j'ai construit mon étude ; cela m'a conduit à choisir la méthode des entretiens. Et en particulier des entretiens semi-directifs, qui laissent aux personnes interviewées la liberté d'exprimer leurs représentations. Outre une quinzaine de spécialistes, j'ai interrogé un échantillon de quarante-six personnes, composé pour l'essentiel de Bretons d'une quarantaine d'années : des chefs d'entreprise de plus de dix salariés, des marins-pêcheurs et des agriculteurs. Les interviews ont été effectués dans la région bretonnante du Goello et dans le canton haut-breton d'Étables. L'échantillon est composé approximativement de la même proportion de Hauts-Bretons que de Bas-Bretons.

     Il semble que, bien qu'une quantité considérable d'ouvrages soit publiée chaque année sur la Bretagne (dont beaucoup sont passionnants), ce qui manque jusqu'à présent, c'est de savoir ce que les Bretons eux-mêmes pensent de leur identité, aujourd'hui.

     C'est donc à ce manque que j'essaye de répondre dans mon livre. Et ce, selon trois perspectives : la mienne, d'une part ; celle des Bretons que j'ai rencontrés, d'autre part ; et enfin une perspective qui s'efforce de répondre aux questions que peuvent se poser des personnes extérieures à la Bretagne.

     Le livre est divisé en trois parties qui reprennent ces trois angles de vue : 

I. Un mythe vivant
II. De la soumission à la distinction
III. Repli tribal ou lien social ?


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