| Ce que m'inspire le Gwenn-ha-du |
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Un drapeau, quel qu'il soit, est un morceau d'étoffe que l'on place en haut d'un mât pour indiquer à quel groupe on appartient. Cette pièce de tissu - telle une cape de torero - sert souvent à exciter les passions, voire à déchaîner la fureur meurtrière ; dans ce cas, elle ne paraît pas sympathique. Et pourtant, il ne s'agit jamais que d'un bout de drap ! Ce qui compte, c'est de savoir ce qu'il représente, qui l'agite et pourquoi. Que représente-t-il ?Le Gwenn-ha-du comporte quatre bandes blanches, qui symbolisent les pays historiques de Bretagne où la langue populaire est le breton, et cinq bandes noires, qui figurent les pays où l'on parle gallo - un dialecte roman de langue d'oïl. Ainsi, à mes yeux, ce drapeau a le mérite de rappeler que les Bretons ne constituent pas une ethnie mais une société qui regroupe en son sein deux communautés culturelles autour d'un même destin. En outre, le Gwenn-ha-du évoque pour moi à la fois le passé et le futur. En effet, par le champ d'hermines qu'il contient en haut à gauche - et qui évoque le blason des ducs, constitué à la fin de l'indépendance d'un champ d'hermines sur fond blanc -, il fait référence à l'histoire, au " passé glorieux " des Bretons. Mais par son allure générale, qui rappelle les drapeaux de pays fédéralistes, le Gwenn-ha-du se veut moderne et tourné vers l'avenir. Ce qui compte, cependant, c'est moins le symbole que ce que l'on en fait Qui l'agite et pourquoi ?Les marins ne parlent jamais du drapeau mais du " pavillon " breton. Car, en langage maritime, c'est ainsi que l'on désigne la pièce d'étoffe que l'on hisse sur un navire pour indiquer sa nationalité. Et nombreux sont les marins qui ont une histoire à raconter sur tel ou tel commandant ayant abordé un port avec " le pavillon breton au cul du bateau ". Ceci constitue bien sûr un comportement illégal - car le Gwenn-ha-du n'a aucune existence légale alors que le pavillon hissé à la poupe d'un navire doit obligatoirement être celui de l'État dont il ressortit -, mais il comble l'équipage d'une fierté complice Donc, d'une part, les marins se sont approprié le Gwenn-ha-du ; et, d'autre part, ils lui accordent une grande valeur. Toutefois, les marins sont loin d'être les seuls à s'être approprié le Gwenn-ha-du. Ce drapeau est populaire, il est présent lors de toutes les contestations et il évoque implicitement la résistance au pouvoir central. Les habitants de Plogoff, qui ont fait plier l'État, manifestaient derrière le Gwenn-ha-du. Les ouvriers CGT de l'arsenal de Brest, les agriculteurs ou les pêcheurs en colère, ne se déplacent jamais sans un ou plusieurs Gwenn-ha-du. Ce drapeau n'est pas pour autant devenu uniquement l'emblème de la contestation. Il est de plus en plus présent dans la société, en toute circonstance, et notamment lors des fêtes ou des réjouissances. De plus, il est frappant de constater combien sont nombreux les véhicules qui arborent aujourd'hui un Gwenn-ha-du, accroché au rétroviseur. Personne n'a donné la " consigne " d'agir de la sorte. Et pourtant des dizaines de milliers d'automobilistes ont accroché ce petit drapeau dans leur véhicule. Que veulent-ils dire par là ? Qu'ils se replient frileusement sur leur identité tribale ? Mais non ! Simplement, qu'ils sont bretons et que, loin d'en être complexés - comme l'étaient, peut-être, leurs parents -, ils le vivent avec dignité et fierté, ce qui pourra leur permettre de bâtir un avenir sans honte ni haine. |