Émile Masson, un Gandhi breton ?

Tribune publiée dans Ouest-France le 25 septembre 2003, à la veille du Colloque international Émile Masson de Pontivy

      Demain et après-demain, à Pontivy, un colloque international sera consacré à Émile Masson, grand humaniste breton injustement méconnu. Ce personnage hors du commun, sans avoir connu, en aucune façon, un destin historique comparable à celui du Mahatma Gandhi, présente néanmoins d'étonnantes similitudes avec celui-ci.

Pour Émile Masson comme pour Gandhi (nés tous les deux en 1869 et ignorant tout l'un de l'autre), il n'y a "rien d'autre à faire en ce monde qu'à devenir meilleur" (Masson) et l'homme peut devenir "un héros qui crée de la beauté" (Masson), "parfait comme Dieu est parfait" (Gandhi). L'un comme l'autre considèrent que tous les hommes sont frères et que, par conséquent, "nos libertés sont solidaires" (Masson). "Pour être heureux j'ai besoin de voir consolé le plus petit de mes semblables", écrit Gandhi. Tous deux considèrent, en outre, que la voie à suivre pour libérer l'humanité, est celle de la vérité et de l'amour : "Brisez donc toutes vos chaînes, pauvres fous, toutes, toutes ! et aimez-vous les uns les autres ; et imposez cette Loi unique au monde. Jurez-vous de ne jamais combattre, de ne jamais tuer, de ne jamais maudire : mais d'aimer seulement ; aimer, aimer, aimer !" (Masson).

Émile Masson et "la grande âme" font tous deux preuve d'un patriotisme fort particulier, fondé sur la volonté de défendre "les humbles". Masson pense, en effet, que les Bretons, ayant été amenés, à "se renier", doivent, s'ils veulent pouvoir se libérer en tant qu'êtres humains, se retrouver comme "peuple", au sein d'une "entraide universelle" regroupant toute l'humanité. Quant à Gandhi, il écrit que ce qu'il "cherche à travers la libération de l'Inde, c'est à conduire tous les hommes à ne plus faire qu'une seule communauté fraternelle." Il dit vouloir, par son patriotisme, être le frère de "tout être qui vit, ne serait-ce qu'un ver de terre", alors que Masson écrit qu'il se sent "frère de ces pierres sur lesquelles je m'étends ; de ces ronces que j'écarte ; de ces arbres qui goûtent en silence la joie du soleil ; et de l'oiseau".

Gandhi combine l'idéal socialiste et la religion hindoue. Masson, lui, à une époque où la gauche française s'affirme souvent par l'anticléricalisme, est un libertaire athée qui fait preuve d'une très grande tolérance envers la religion et considère que la quête spirituelle est l'une des dimensions essentielles de l'humanité. Il se définit même comme "un athée qui prie sans cesse" quand Gandhi "prétend humblement être un homme de prière". Gandhi est un mystique qui croit que "Dieu n'est ni au ciel ni aux enfers mais en chacun de nous" et Masson un révolutionnaire qui pense que "la révolution, c'est la vie entière et la conscience entière".

Enfin, Gandhi est connu dans le monde entier pour avoir été l'un des principaux hérauts de la non-violence et de la désobéissance civile. Or, non seulement Masson a écrit des textes remarquables sur la non-violence, mais il a eu l'audace et le courage de rester pacifiste en pleine Première Guerre mondiale, alors qu'autour de lui tous les pacifistes se reniaient les uns après les autres. Il écrivit en 1915 : "La guerre, le meurtre, la violence ne résolvent rien. Seul l'exemple, mille et mille fois répété, d'énergies individuelles se refusant à tout acte de violence, peut et doit résoudre toutes les batailles de l'homme." Ce ne sont là que quelques-unes des raisons d'aller découvrir ou redécouvrir Émile Masson à Pontivy. Il en est beaucoup d'autres…

Les citations de Gandhi qui figurent dans cet article sont extraites de Gandhi, Tous les hommes sont frères. Vie et pensées du Mahatma Gandhi d'après ses œuvres, Paris, Gallimard, 1998. Celles d'Émile Masson proviennent de D. et M. Giraud, Émile Masson professeur de liberté, Chamalières, Canope, 1991.



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