| Nul n’est prophète en Basse-Bretagne |
IntroductionPeut-on dire d’Émile Masson (1869-1923) qu’il fut un « prophète » ? Certainement pas au sens classique puisqu’il était athée et qu’il ne prétendait nullement être un devin inspiré des dieux... En revanche, il ne fait guère de doute qu’il ait souhaité révéler des vérités cachées à ses contemporains, d’une part, et qu’il se soit considéré en avance sur son temps, d’autre part. C’est en ce sens qu’il évoque en partie une figure prophétique. Je tenterai donc de démontrer dans cet article à quel point sa pensée fut vraiment en avance sur son temps. Les historiens savent combien on peut être tenté d’interpréter le passé à la lumière des préoccupations du présent, au point de sombrer parfois dans l’anachronisme. En abordant la vie et l’œuvre de Masson, cependant, il me semble qu’on ne court pas ce risque, tant sa réflexion et ses actes paraissent explicitement anticiper nos interrogations contemporaines et parfois même leur fournir quelques réponses. Je prendrai trois des grands thèmes de réflexion de Masson pour étayer ce propos : l’autonomie de l’individu, la reconnaissance de l’altérité et l’éthique de l’action. I. Autonomie individuelleÀ ma connaissance, Émile Masson n’emploie pas — ou très peu — le mot « autonomie ». En revanche, le concept d’autonomie individuelle me semble constituer le cœur de sa réflexion. A. L’idéalL’idéal que l’humanité devrait poursuivre, selon lui (tel, du moins, que je l’ai compris), est un humanisme absolu. C’est une quête de perfection dont le but idéal est « la liberté pure et simple, absolue et illimitée »[1] des individus, fondée sur un amour mutuel. Pour que l’humanité puisse s’acheminer vers cet idéal, Émile Masson, anarchiste, est favorable à une révolution. Toutefois, celle-ci ne peut pas à ses yeux se réduire à un événement ponctuel et minoritaire. Elle doit être une œuvre globale, intérieure et permanente. ...Si quelque camarade croit que la révolution est l’affaire d’un certain moment, de certaines formules et de certains gestes, il se méprend singulièrement. La révolution, c’est la vie entière et la conscience entière[2]. Selon Masson, chaque individu doit partir à la conquête de soi. Aux individus, il faut dire : la vie et la joie en ce monde entier vous appartiennent par droit de naissance — à une condition expresse : que vous commenciez par vous appartenir à vous-même, que vous ayez fait la conquête de vous-même, que vous ne soyez pas les détraqués, incontrôlables mécaniques nerveuses que vous commencez par être en venant à ce monde [3]. L’individu doit agir selon sa conscience. Agis toujours dans le calme et dans la pleine lumière de ta conscience ; ne dépends que de toi-même ; non d’un code mondain, religieux, politique ; non pas même d’autrui [4]... Et il doit chercher à devenir meilleur. Car, en vérité, y a t-il rien d’autre à faire en ce monde qu’à devenir meilleur [5] ? Pour cela, la voie unique est celle de l’amour. Brisez donc toutes vos chaînes, pauvres fous, toutes, toutes ! et aimez-vous les uns les autres ; et imposez cette Loi unique au monde. Jurez vous de ne jamais combattre, de ne jamais tuer, de ne jamais maudire : mais d’aimer seulement ; aimer, aimer, aimer[6] ! En pratique, pour pouvoir progresser vers cet idéal de perfection, Masson pense qu’« il faut vivre d’ores et déjà comme si tout était bien et parfait... comme si nous-mêmes nous étions parfaits[7]. » En outre, deux instruments peuvent, s’ils sont bien employés, aider à libérer l’homme : l’éducation et l’autorité. B. Le rôle de l’éducationÉmile Masson est extrêmement sévère envers le système éducatif de son époque, auquel il consacre un pamphlet[8] et un roman[9]. Il blâme le caractère carcéral et oppressant du système scolaire — « cette atmosphère empoisonnée, parce que fermée ; cette vie commune atroce, parce que forcée, où l’on se sent surveillé[10]... » ainsi que l’autoritarisme qui y règne : « les malheureux petits devaient vivre assis, muets et pensifs, comme des vieux, entre des tas de bouquins malpropres »[11]. Masson met en cause la distinction primaire/secondaire : ...La première leçon que reçoit l’enfant que son père emmène à l’école ou au lycée, en face, à côté l’un de l’autre, est une leçon publique, sociale, dictée par la loi, patentée, d’iniquité, d’immoralité, de division, d’envie et de mépris, de jalousie et d’orgueil ! Petit pauvre, entre ici ; petit riche, entre là[12] ! Il déplore l’annihilation de l’esprit critique : On a tué la critique, chez l’enfant... Quand se réveillera-t-elle ? Désormais, il marchera où le hasard le poussera, mécanisé qu’il est par la machine, dans l’ordre moral comme dans l’ordre intellectuel ; dans l’ordre social, comme dans l’ordre politique. On lui a pétri une âme d’esclave ; tous ses instincts d’indépendance, de réflexion ont été mortifiés, arrachés, condamnés [13]. Enfin, il moque constamment la « cléricature laïque »[14] et persifle l’université : L’industrie-mère, le trucage des consciences ou bourrage de crânes, a reçu un développement inouï dans ces établissements luxueusement démocratiques qu’on appelle Universités, d’où enfants et jeunes gens sortent métamorphosés en fantoches, parfaitement exsangues, mais gonflés d’encre noire, ou d’autres couleurs... dont l’obèse platitude fait orgueilleusement litière à la superbe putridité des gouvernements[15]... Et pourtant, selon Masson, c’est l’éducation qui est le fondement de la révolution. En premier lieu, l’éducation familiale. Mais toi, camarade, sais-tu à quels points précis (l’as-tu jamais su, ou même t’en es-tu jamais inquiété ?) ton fils ou ta fille doivent être obéis ou commandés de toi ? Voilà une science difficile ; la plus difficile des sciences ; un art inouï, le plus merveilleux des arts ; et dont nul homme encore ne peut se vanter d’avoir pénétré les préliminaires, ou jeté les fondements ! (...) Faites des enfants qui soient humains, qui croissent en humanité ! (...) Bébé une fois élevé, devenu homme vrai, femme vraie, (...) la révolution sera accomplie dans le monde sans une goutte de sang, [16]. Masson compte en partie sur l’école pour bâtir cette société d’hommes et de femmes « vrais » à laquelle il aspire. Dans l’Utopie des îles bienheureuses [17] , il dessine les grandes lignes de ce que pourrait être une pédagogie idéale : elle serait fondée, dès le plus jeune âge, sur l’étude de la musique et de la danse ; les enfants seraient amenés à pratiquer beaucoup de sport mais sans excès, à utiliser conjointement l’espéranto et leurs langues respectives ; les premières années de l’enseignement seraient orientées vers l’apprentissage du respect mutuel et des règles d’hygiène, puis l’étude porterait sur la nature et les cultures agricoles et enfin, sur l’abstraction philosophique, scientifique et artistique. Préparée par l’étude de la nature vivante, l’éducation sexuelle ferait également partie du programme scolaire. Curieusement, l’autorité n’est pas absente du projet pédagogique de cet anarchiste si critique envers l’autoritarisme. Elle vise à préparer les enfants à une vie sociale respectueuse d’autrui : En obéissant aux petites contraintes de son âge [expliquent Didier et Marielle Giraud] , l’îlien en herbe apprend à reconnaître les limites de sa liberté. Éducation toute en douceur, qui ignore les salles de classe ; mais dressage social progressif à la conscience de soi et des autres, au renoncement aux instincts primaires et égoïstes, à l’acceptation volontaire d’une vraie solidarité sociale. C’est le prix de la liberté dont jouissent tous les îliens — de la liberté et de la paix [18]. C’est là, d’ailleurs, une originalité de la pensée de Masson, qui le place en marge du mouvement libertaire. C. La question de l’autoritéÉmile Masson refuse l’autorité imposée, sous toutes ses formes. Il met en cause tant l’autorité de l’État que le système capitaliste et que les grandes idéologies de son temps (communisme, christianisme, libéralisme), qu’il met toutes dans le même sac : J’avoue que la formule communiste [écrit-il] me paraît surannée et seulement en apparence neuve. Au fond, elle me semble n’être qu’une figure rajeunie du vieux christianisme-démocratisme, etc. Mais la formule individualiste d’autre part me sonne cruelle et féroce [19]. En outre, il critique vivement toutes les formes de médiation. Il est hostile à la représentation politique : C’est à des n’importe qui, pris au hasard des cuites électorales, des boniments de charlatans, des plus honteuses et cyniques compromissions de consciences ; c’est à ceux-là, qui ont toutes chances d’être les pires parmi les pires, que les individus confient en aveugles leurs destinées, leur conscience du juste et de l’injuste, leur inaliénable droit d’être libres, d’agir en hommes ! C’est fantastique ! C’en est sublime à force d’être idiot [20] ! Il exprime, de plus, un vif scepticisme envers toutes les formes d’organisation, qu’elles soient politiques, syndicales, religieuses ou autres : Il n’y a pas d’organisation autre que celle des volontés qui ne se lient pas ; des volontés qui, nues, se vouent à être vraies, justes, libres (...) . Tant que l’individu ne parviendra pas à s’affranchir des autres, de tous les autres, au point qu’il ne fasse aucune acception de rang, de fortune, d’opinions ou de religion, de partis, de classe, etc., la morale continuera à patauger dans des océans de sang [21]. Pour Masson, « l’individu se rapetisse à se lier à un parti » [22]. Lui prône l’exemplarité héroïque, ce qui le situe en net décalage par rapport à ses compagnons de lutte. Il ne croit pas que les innombrables individus qui constituent l’humanité soient en mesure d’aller tout seuls sur ce chemin de perfection et d’amour qu’il appelle de ses vœux. Par conséquent, il pense qu’il faut que des « individus audacieux, qui ont de leur humanité un orgueil sublime [23] » montrent la voie aux autres ; des « héros » qui « créent de la beauté [24] » ; des « professeurs de liberté [25] » qui « éveillent les consciences ». Ces hommes exceptionnels pourraient séduire et entraîner les masses par leur exemple mais ils ne pourraient nullement constituer une avant-garde de type léniniste : ils ne libéreraient pas les hommes contre leur gré. Ton exemple peut aider ton prochain à s’affranchir lui-même, mais toi tu ne peux affranchir que toi [26]. Cette quête de l’autonomie que prône Masson — en la poussant jusqu’à son paroxysme héroïque — ne peut, selon lui, se mener sans reconnaissance de l’altérité. II. Libération de l’homme et reconnaissance de l’altéritéA. La liberté d’autruiSelon Masson, les libertés humaines sont solidaires. Notre raison d’être est de travailler à notre propre affranchissement en travaillant à l’affranchissement d’autrui, nos libertés étant solidaires [27]. Le combat à mener pour la libération de l’homme passe avant tout par l’amour : Car si ta première pensée, d’abord, n’est pas pour ton frère, si d’abord tu n’aimes et n’agis par amour, alors toute ta pensée, toute, n’est qu’un immonde tas de mensonges [28] ! À ses yeux, La société de demain s’enrichira indéfiniment de toutes les nuances possibles de l’expression humaine, car l’homme a besoin de toutes pour exprimer pleinement son humanité [29]... Et ceux qui nient cette pluralité de l’expression humaine sont en fait des hypocrites : ... des faux démocrates, faux républicains, tout autant que des faux chrétiens [30]. Masson invite à reconnaître toutes les formes que l’altérité peut prendre, qu’elle soit liée au genre ou à l’âge, qu’elle soit religieuse, linguistique, ethnique ou sociale... Il est sensible à la discrimination que subissent les femmes. Dans l’Utopie des îles bienheureuses, il rêve d’un monde où l’on ne fasse « point distinction entre les tâches d’hommes et les tâches de femmes », où l’on considère que « les femmes sont égales ou supérieures aux hommes en tout et pour tout » [31]. En outre, il est particulièrement sensible aux inégalités sociales. C’est d’ailleurs par le biais de l’altérité sociale qu’il en vient à s’intéresser à la question bretonne. Il constate en effet que le lycée de Pontivy, où il enseigne, comporte « deux catégories d’élèves » : les enfants de bourgeois, externes, et les enfants de paysans bretonnants, internes (ou chambriers)... En récréation, ils faisaient chambre à part, et la jeunesse dorée se moquait d’eux. Émile Masson, pour qui l’élève déshérité était l’élève chéri, découvrit sans peine les raisons de cette anomalie. Les chambriers ne savaient pas le français, ou en savaient trop peu pour profiter de l’enseignement que leur offrait le lycée [32]. B. La question bretonneL’intérêt de Masson pour la question bretonne, s’il se manifeste tardivement (vers la quarantaine), n’en est pas moins vif. Il écrit divers textes d’analyse qui anticipent largement sur les travaux ultérieurs relatifs à l’identité négative, montrant combien les Bretons intériorisent le fait qu’ils doivent se départir de leur spécificité pour se hisser au rang de « civilisés »... Trop nombreux [écrit-il] sont les ouvriers qui (...) font preuve en ces questions, d’une mentalité bourgeoise. Ils manifestent pour leur langue un mépris de civilisés [33] Quant aux intellectuels bretons... Nourris aux lettres françaises et latines, [ils] considèrent qu’un honnête homme (un bon Français) commence par cesser d’être breton [34]. Émile Masson évoque l’invisibilité de l’histoire de Bretagne dans les programmes scolaires. Il dut apprendre dans des livres. Et ces livres ne lui apprirent rien. Un peuple qui avait été grand entre tous les peuples, un peuple héroïque s’il en est ; ce peuple dont il sortait, l’histoire ne lui en parlait pas [35]. Masson pense que l’alcoolisme pourrait être lié au refoulement linguistique. C’est le secret de (...) leur aveulissement, de leur alcoolisme ; en un mot c’est le secret de la prompte décadence de ce peuple (...) que sa langue, son moyen naturel d’expression et de compréhension, ait été, et soit, impitoyablement nié et condamné par ceux même qui parlent d’affranchissement universel, de droit des peuples, de droits de l’individu [36]. Enfin, il considère que les Bretons sont humiliés : « Chez eux, entre eux, le paysan et l’ouvrier bretons cuvent en silence l’humiliation [37] ». Pour les libérer en tant qu’êtres humains, il faudrait d’abord reconnaître leur singularité : « Il faut rendre au Breton la confiance en soi [38] ». En revanche, sur le plan politique, il peine à qualifier ce qu’est la Bretagne selon lui, même s’il écrit qu’il voit en elle une « nation distincte » [39]. Il n’est pas très explicite sur le dessein qu’il entrevoit ou qu’il souhaite pour la péninsule, sinon qu’il n’est pas favorable à la création d’un État breton, comme nous le verrons ultérieurement. Cependant, il ne fait pas de doute qu’il mise sur l’avenir. La patrie bretonne n’est pas toute dans le passé ; elle n’est pas le culte exclusif des morts. La vraie Bretagne va naître ; elle est celle de demain ; elle est, du fond des vieux siècles armoricains, l’immense cri d’espérance de tous les cœurs bretons, leur incessant appel à la justice et à la liberté [40]. Son analyse de la question bretonne le conduit à une critique tous azimuts. Après plusieurs « coups de sonde maladroits dans l’inconnu [41] », où il tente de se rapprocher de l’Emsav (ou « mouvement breton »), il critique bientôt le « marécage régionaliste » pour son côté réactionnaire. De même, il critique l’Église : Ce pacte de la langue et de la réaction porte maintenant le plus grand préjudice à la langue (...). Il est clair que si les choses restent en l’état, la langue doit disparaître (...) . La faute en reviendra (…) à l’Église et à la réaction, coupables d’avoir obstinément tenté de garder le monopole d’une langue nationale (…). Le breton, dialecte celtique, et la foi ne sont pas « frère et sœur » en Bretagne (…) [42] . Il critique ses amis socialistes et libertaires, parce qu’ils assimilent le breton à la réaction. Or, pour lui, une langue est simplement un outil. Avec un couteau, on peut couper son pain ou tuer son voisin : le couteau n’est responsable de rien. Avec le breton, on peut faire un cantique ou chanter l’Internationale : la langue ne sera responsable de rien [43]. Donc, Si ce pays est le refuge de la réaction, c’est la faute des révolutionnaires , qui n’ont pas su le gagner à eux [44]. En effet, La tactique des révolutionnaires de tout acabit a été jusqu’ici soit d’ignorer cette langue, soit, sous prétexte de je ne sais quel idéal abstrait de civilisation jacobine, de la combattre [45]. Par conséquent, pour lui… C’est vous, dis-je, vous, Français laïques et républicains, qui êtes à mes yeux : inexacts, injustes, inconscients, insensés, inconcevables, et les véritables suppôts de l’Église et de la réaction [46] ! Enfin, il critique le « petit bourgeois breton, fils ou petit-fils de paysans bretons ». Toi qui, même restant au pays, cesses de parler la langue de tes frères de sang, de ton père et de ta mère ; toi qui refuses de l’enseigner à tes enfants, toi qui de ce seul geste brises les liens sacrés qui te rattachent aux cœurs des tiens et des humbles (…) qu’es-tu, sinon lâche, déserteur et traître mille fois [47] ?... Pourtant, anticipant, là encore, largement sur les travaux consacrés au rôle de la petite bourgeoisie dans les mouvements nationalitaires, Masson pense que les petits bourgeois bretons ont une tâche historique à accomplir. Voici pour vous une tâche d’hommes, en vérité presque une tâche de dieux : le peuple dont vous êtes (…) se renie, il pourrit, il devient le fumier d’autres nations… Écoutez : il est à votre charge, vous en êtes responsables devant l’humanité ! Relevez-le : relevez-vous [48] ! Si Masson déplore que personne n’ait, selon lui, su comprendre les Bretons, c’est qu’il pense qu’ils constituent un peuple opprimé : « Nous sommes des vaincus, des dépecés, des piétinés [49] … », écrit-il. De plus, selon lui, la culture bretonne et celtique a sa place dans le concert universel. Elle peut fournir « des modèles très anciens d’idéal spirituel, de désintéressement matériel et de fraternité entre les hommes » [50]. Il sent les Bretons proches des autres peuples minoritaires et en particulier des Juifs. J’aime le peuple juif (…). [Son] histoire est une des plus grandes phases de la vie humaine... Nos Celtes, eux, n’ont laissé que des rêves. (…) Celtes et Juifs ont les premiers défriché cette terre d’Europe, ont les premiers (...) ensemencé le cerveau des nations... Et les marâtres filles n’ont point laissé aux Celtes ni Juifs une pierre où reposer leurs pauvres têtes [51]... Enfin, Masson est convaincu que les Bretons ont un penchant libertaire et révolutionnaire et qu’un jour... Les prolétaires bretons, fraternisant avec les opprimés du monde, fraternisant entre eux-mêmes, retrouveront, illuminé enfin de vérité, le chemin de cette patrie bienheureuse [52]... C. Nationalisme et internationalismeLes réflexions de Masson sur la Bretagne le conduisent à aborder la question du nationalisme en des termes qui peuvent paraître déconcertants. Ainsi, certains des auteurs qui l’ont étudié en font un étrange « anarchiste nationaliste » tandis que d’autres voient en lui un « anti-nationaliste ». C’est que, d’une part, Masson n’a pas toujours tenu les mêmes propos sur le sujet et que, d’autre part, en cette matière, le choix des mots est particulièrement délicat alors que Masson les emploie avec une licence toute poétique. Cependant, par-delà les mots, il me semble que les idées de Masson sont assez claires. Il n’est pas nationaliste au sens classique du terme [53], c’est-à-dire qu’il n’est pas favorable à la création d’un État. Ni en Bretagne, ni en Israël, ni nulle part. Pourquoi aller à Jérusalem ? Pourquoi vouloir une « patrie » matérielle ? (...) Je suis pour le moins de patries possibles ; je suis pour la dispersion et la fusion infinitésimale des patries. (...) Le Celte sans patrie, le Juif sans patrie, agissent plus profondément, plus essentiellement sur les destinées humaines, que s’ils étaient entourés de canons, de soldats, de députés et d’immondices politiques [54]. Masson est, en outre, totalement étranger à cette exaltation du sentiment national qui conduit au chauvinisme et à la xénophobie [55]. En revanche, on peut dire de lui qu’il est d’une certaine façon nationaliste [56], au sens où il pense que la Bretagne constitue une nation et que les nations ne sont pas un mal en soi : La plupart des organismes de la société actuelle ne sont que des conquêtes que l’homme a faites sur la nature et la barbarie, du fruit desquelles la plupart des vainqueurs ont été spoliés. Entre les mains des spoliateurs, ces organismes sont des instruments de domination. Notre tâche, à nous socialistes, n’est pas d’y porter le feu pour les réduire en cendres, mais de les restituer à tous les conquérants et d’en faire les outils de notre liberté. La patrie est un de ces organismes. Nous haïssons les patries actuelles parce qu’elles sont esclaves. Notre volonté n’est pas de les détruire, notre volonté la plus ardente est de les affranchir, de les restituer à tous les enfants des hommes qui les ont conquises. Elles sont et doivent être le patrimoine des individus libres dans la commune libre, cellule fondamentale de la société de demain [57]. Il estime, en outre, que la libération des individus passe par la réappropriation de leur identité. Cependant, il ne dissocie pas le nationalisme de l’internationalisme : « internationalisme présuppose nationalisme, mais nationalisme post-suppose (postpose) internationalisme » [58]. Enfin, dans l’Utopie, Masson évoque une « hyper-nation » [59], forme évoluée de l’internationalisme. On vit alors, dans toutes les nations, des hommes se lever qui refusaient de tuer ou d’asservir leur prochain ; des militaires ne voulurent plus assassiner ; des commerçants ne voulurent plus vendre ! Comme ils ne pouvaient vivre à l’intérieur de leurs propres nations qu’à la condition de s’exercer perpétuellement au carnage et à l’anthropophagie, ils résolurent de s’en exiler. Ils se rencontrèrent dans l’exode et songèrent à acheter ces Îles où nous sommes, qui, perdues dans le Pacifique, ne nourrissaient que des roses sauvages [60]. Pour Jean-Yves Guyomar, c’est « le fantasme d’une autre Europe, délivrée » [61] ? Ne peut-on également y voir une intuition qui évoque la « multination », ce concept jadis théorisé par les austro-marxistes [62] afin de prendre en compte les spécificités des minorités nationales tout en combattant le nationalisme et qui a été redécouvert récemment, dans le contexte de la globalisation [63] ? Toujours est-il qu’à ces pensées originales d’Émile Masson s’ajoute toute une réflexion relative à l’éthique de l’action. III. Éthique de l’actionÉmile Masson dégage trois voies fondamentales pour l’action : la pédagogie, la tolérance et la non-violence. A. PédagogieNous avons dit combien l’éducation représentait à ses yeux un pilier fondamental de la révolution des mentalités. Il ne s’agit, cependant, pas seulement de l’éducation familiale et scolaire. Masson est, en effet, un partisan convaincu des universités populaires, qui doivent selon lui jouer un rôle d’éveil des consciences et de réduction des inégalités sociales. Il pense, en outre, que les militants libertaires devraient semer des idées autour d’eux et que la propagande libertaire ne devrait pas consister à prêcher à des convaincus mais à répandre les idées nouvelles là où vit la majorité de la population, c’est-à-dire, à l’époque où il écrit, dans les campagnes. À qui s’adresse ou plutôt doit s’adresser la propagande libertaire ? — Peut-être les camarades l’oublient-ils trop souvent, d’où, en partie, la désespérante lenteur, sinon la vanité de leur propagande. Elle devrait viser d’abord la classe paysanne. (...) Car le travailleur de la terre est le producteur suprême. Il constitue partout l’immense majorité prolétarienne et son unique éducation, c’est de la paysanne qu’il la reçoit. Ce sont les paysannes qui feront triompher nos idées ; c’est donc à elles qu’il faut nous adresser [64]. Cette action pédagogique, Masson pense qu’elle doit être menée dans un contexte de tolérance. B. ToléranceSa vie et son œuvre sont marquées par d’apparentes contradictions. Nous en avons déjà évoqué quelques-unes à propos de l’anarchisme et de l’autorité ou du nationalisme et de l’internationalisme. Non seulement, il n’essaye pas d’éluder les contradictions, mais il les appelle de ses vœux, car il les croit fertiles. Il se réjouit quand il rencontre des gens avec qui la contradiction est possible. Voici ce qu’il écrit à Jean Grave en 1908 : Ah fichtre ! Seriez-vous un homme avec qui la contradiction est possible ?! Diogène — éteins ta lanterne, voici un homme [65] ! En fait, c’est par le dépassement de contradictions auquel il procède que sa pensée atteint la richesse qui en fait aujourd’hui tout l’intérêt. Par exemple, dans l’opposition politique flagrante qui caractérise certains de ses contemporains, Masson décèle, lui, une continuité sous-jacente. Pour cette raison, il s’efforce de travailler avec les uns et les autres et sa tolérance va même jusqu’à aimer les uns et les autres. Après avoir été tenté dans ses années de jeunesse par la vie monastique, Masson perd la foi. Or, contrairement à ce qui se passait fréquemment à l’époque, il ne devient pas pour autant un adversaire acharné de la religion catholique. Au contraire, il fait preuve de beaucoup de tolérance religieuse et intègre à son vaste bagage culturel ce qui, dans cette religion, lui paraît intéressant (le message d’amour, le personnage du Christ, etc.). En revanche, il critique vivement les cléricalismes de tout poil : L’anticléricalisme est le premier article de foi du socialisme français. Rien à dire, si cléricalisme signifie organisation de combat de l’Église romaine entre la liberté des consciences et des porte-monnaie. Mais l’anticléricalisme ne fait pas moins de dupes que le cléricalisme, et celles-ci d’autant plus dangereuses qu’elles se croient révolutionnaires parce que simplement anticléricales. En fait, l’anticléricalisme comme tel n’est, comme le cléricalisme, qu’une colonne du temple capitaliste. La machine de guerre du cléricalisme c’est le prêtre. (...) La machine de guerre de l’anticléricalisme c’est l’instituteur (...). Mais le troisième larron, c’est le financier [66]... Ou, plus brièvement : Comme vous êtes bien tous les mêmes, vous autres, hommes de partis ! que vous soyez curés ou bouffe-curés [67] ! La tolérance de Masson va de pair, avec son choix de la non-violence. C. Non-violenceAprès avoir admis un temps que la violence pouvait être un mal nécessaire pour favoriser la révolution, Masson choisit définitivement la voie de la non-violence révolutionnaire. Ce [que l’homme] n’obtient, ce qu’il ne fait qu’avec violence ou par violence, cela est à refaire, et à défaire, fatalement. Il est possible qu’une révolution, actuellement, ne se puisse accomplir que dans la violence, mais il est certain que tout ce qui, de cette révolution, appartiendra à la violence, doit périr, et doit périr par la violence. Cela seul dure, et est éternel, qui n’appartient pas à la violence, mais à la raison. (...). La violence est le contraire de la vérité (...). Lutter contre un mal par de la violence, c’est tenter d’éteindre un incendie en projetant des flammes dans les flammes... Je ne prétends nullement pour cela que moi je sois au-dessus de la violence (Dieu sait, j’ai assez de peine à m’en défaire dans les moindres actes de la vie !). Je ne prétends nullement être un ange de raison et de douceur. Mais je prétends que, quoi qu’il en puisse être de mes actes, des actes de l’humanité en général, il est quelque chose d’absolument indubitable, c’est que rien n’est proprement humain qui ait quelque chose à faire avec la violence. Je suis damnable et condamnable partout où je me laisse aller à la moindre violence et j’ai tort — quelle que soit ma raison, même avec mille et mille raisons — si dans ma raison même, j’accueille l’ombre d’une violence. (...) La lutte de classes ne m’intéresse que dans la mesure où l’idée de justice et de raison y participe. (...) Elle ne m’intéresse plus en tant que phénomène de violence — pas plus qu’une guerre de nations sous le même rapport. Seul m’intéresse l’acte, l’effort pour la bonté et le pardon. (...) Arrêter le mal à soi, l’y transformer en bien, l’y transmuter comme l’alchimiste transmute en or tous les métaux, voilà le seul geste humain. Tout le reste est odieux et bestial [68]. Masson s’oppose à toute forme de guerre. Je sais que les armées alliées sont pleines d’âmes nobles qui veulent mourir pour que la vie vaille la peine d’être vécue. Mais je n’ignore pas que de telles âmes ne manquent pas non plus dans les rangs ennemis. (...) Est-ce que la guerre qui oblige à s’entre-tuer des hommes pareils n’est pas le pire des crimes ? Il envisage même la désobéissance civile : La guerre, le meurtre, la violence ne résolvent rien. Seul l’exemple, mille et mille fois répété, d’énergies individuelles se refusant à tout acte de violence, peut et doit résoudre toutes les batailles de l’homme [69]. ConclusionJ’aimerais avoir contribué à convaincre le lecteur que les questions qu’Émile Masson se posait — quoiqu’on puisse penser des réponses qu’il leur apportait — étaient largement en avance sur son temps et qu’elles anticipaient même une partie des interrogations fondamentales que nous formulons aujourd’hui. Et encore, je n’ai évoqué que trois de ses thèmes de réflexion ; j’en ai laissé beaucoup d’autres dans l’ombre. Masson a, par exemple, développé toute une pensée que l’on qualifierait aujourd’hui d’écologiste, comme le remarque Jacques Gury dans sa postface à la réédition de l’Utopie [70] . Surtout, faute de temps, je n’ai pas du tout évoqué l’action de Masson, qui constitue pourtant le pendant indissociable de sa réflexion. Car toute sa vie, malgré une faiblesse plutôt attendrissante, il s’est efforcé de mettre ses actes en accord avec sa pensée. Il a été un père exceptionnel ; sans doute à l’époque le seul père de la région à changer les couches de son bébé. Il a été un enseignant hors norme, pratiquant une pédagogie non autoritaire, trilingue (breton, anglais, français), fondée sur des relations de réciprocité avec ses élèves. Il s’est efforcé d’être un « professeur de liberté », a créé, pour ce faire, une revue bilingue, Brug, destinée à semer des idées libertaires dans les campagnes bretonnes. Il a fait preuve de la plus grande tolérance tout au long de sa vie. Il a été dreyfusard puis pacifiste en pleine Première Guerre mondiale. Alors, pourquoi un homme aussi exceptionnel, qui fut l’ami de Kropotkine, de Louise Michel [71], Jean Grave, Élisée Reclus, Charles Péguy ou Romain Rolland n’a-t-il pas laissé plus de trace ? Il me semble que c’est en premier lieu parce qu’un Bas-Breton vivant à Pontivy et tentant d’incorporer la question bretonne à l’humanisme le plus universel pouvait difficilement être crédible dans les milieux intellectuels parisiens (en dehors des personnes qui le connaissaient directement). D’autre part, pour l’immense majorité des Bretons eux-mêmes, la question bretonne ne devait à l’époque pas être posée mais au contraire refoulée, compte tenu de cette honte de soi qu’il a si bien décrite. Enfin, Émile Masson était à part. Du fait de la richesse et de l’originalité de sa pensée, il était impossible de le ranger dans les catégories toutes faites du « prêt à penser ». Il dépassait. Il ne se pliait pas aux certitudes des dichotomies habituelles : rouges/blancs, cléricaux/anticléricaux, anarchiste/autoritaire, nationaliste/antinationaliste, etc. Mais aujourd’hui que beaucoup de nos certitudes tendent à vaciller et que certaines catégorisations viennent à se recomposer, que nous peinons parfois à assumer notre autonomie individuelle, à nous accommoder de l’altérité ou à faire preuve de tolérance, n’aurions-nous pas quelque intérêt à nous pencher davantage sur la vie et l’œuvre de cet Émile Masson qui fut finalement « un homme, un vrai » ? BibliographieGiraud, J. Didier et Marielle, Émile Masson professeur de liberté, Chamalières, 1991.Masson, Émile (alias Brenn), Yves Madec, professeur de collège, Paris, Librairie Paul Ollendorf, 1905. Masson, Émile, Les Bretons et le socialisme, présentation et notes par Jean-Yves Guiomar, Paris, Maspéro, 1972. Masson, Émile, Utopie des îles bienheureuses dans le Pacifique en l’an 1980, Introduction de Michel Masson et postface de Jacques Gury, Quimper et Le Guilvinec, Calligrames et Ar Vorenn, mai 1984. (Première édition F. Rieder & Cie, 1921). Gellner, Ernest, Nations et nationalisme, Paris, Payot, 1994. Pierré-Caps, Stéphane, La multination. L’avenir des minorités en Europe centrale et orientale, Paris, Éditions Odile Jacob, 1995. Broudic, Fañch, Al liberterien hag ar brezhoneg. Brug : 1913-1914, Brest, Brud Nevez, 1983. [1] Émile Masson (alias Brenn), « Idoles de la caverne », in Les Temps nouveaux, 1er février 1908. [2] Lettre à Louis et Gabrielle Bouët, 2 mai 1919. [3] Lettre à Jean Grave, 22 mars 1908. [4] Article publié dans Les Temps nouveaux, cité in Giraud 1991, p. 88. [5] Émile Masson, in L’Émancipation , juin 1917. [6] Lettre à Louis et Gabrielle Bouët, 30 décembre 1914. [7] Lettre à Louis et Gabrielle Bouët, 5 septembre 1918. [8] « Lettre d’un répétiteur en congé », in Union pour l’action morale, 15 mars à 18 juin 1899. [9] Yves Madec, professeur de collège, publié aux Cahiers de la Quinzaine en février 1905, réédité par la Librairie Paul Ollendorf la même année, puis publié en feuilleton dans La Bataille syndicaliste en 1912. [10] Émile Masson, « Lettre d’un répétiteur en congé », cité in J. Didier et Marielle Giraud, Émile Masson professeur de liberté, Chamalières, 1991 [Giraud 1991], p. 57. [11] Cité sans référence in Giraud 1991, p. 56. [12] Émile Masson (alias Brenn), Yves Madec, professeur de collège, Paris, Librairie Paul Ollendorf, 1905 [Masson 1905], p. 240. [13] Masson 1905, p. 110. [14] Émile Masson, Les Bretons et le socialisme, présentation et notes par Jean-Yves Guiomar, Paris, Maspéro, 1972 [Guiomar 1972], p. 19. [15] Émile Masson, Utopie des îles bienheureuses dans le Pacifique en l’an 1980, Introduction de Michel Masson et postface de Jacques Gury, Quimper et Le Guilvinec, Calligrames et Ar Vorenn, mai 1984 [Masson 1984], pp. 212-213 (Première édition F. Rieder & Cie, 1921). [16] Émile Masson (alias Brenn), « Bébé et la révolution », La Plèbe, n° 2, 20 avril 1918. [17] Masson 1984, pp. 192-201. [18] Giraud 1991, p. 288. [19] Lettre à Jean Grave, 5 avril 1908. [20] Cité sans référence in Giraud 1991, p. 83. [21] Lettre à Louis et Gabrielle Bouët, 5 septembre 1918. [22] Mouez ar vro n° 2, 20 septembre 1919, cité in Giraud 1991, p 336. [23] Émile Masson (alias Brenn), « Démocrates ou aristocrates », in La Guerre sociale n° 7, première année, 30 janvier/5 février 1907. [24] Émile Masson (alias Ewan Gwesnou), Antée, les Bretons et le socialisme , in Guiomar 1972, p. 217. [25] Lettre à Jean Grave du 29 août 1908. [26] Lettre à Jean Grave, 20 juin 1908. [27] Lettre à Jean Grave, 20 juin 1908. [28] Lettre à Romain Rolland, noël 1915. [29] Émile Masson (alias Brenn), « Langues prolétaires », Brug , novembre 1913. [30] Idem . [31] Masson 1984, p. 41. [32] Elsie Masson, « Souvenirs sur Émile Masson », Breiz Atao, 6 janvier 1935. [33] Masson, Antée, in Guiomar 1972, p. 207. [34] Émile Masson (alias Rèr-Houarn), « Alcooliques et bretons... toujours ! », Brug, janvier 1914. [35] Émile Masson (alias Ewan Gwesnou), Antée, les Bretons et le socialisme , in Guiomar 1972, p. 203. [36] Émile Masson (alias Brenn), « Propagande paysanne en Bretagne », Les Temps nouveaux, 1er février 1913. [37] Idem . [38] Idem . [39] Émile Masson (alias Brenn), « Adieux à la propagande bretonne », Les Temps nouveaux, 29 mars 1913. [40] Masson, Antée, in Guiomar 1972, p. 212. [41] Guiomar 1972, p. 40. [42] Émile Masson (alias Ionn Prigent), « Une rénovation bretonne est-elle possible ? », Brug, juin 1914. [43] Propos d’Émile Masson rapporté par son épouse Elsie, dans ses « Souvenirs sur Émile Masson », in Breiz Atao , 6 janvier 1935. [44] Émile Masson (alias Brenn), « Adieux à la propagande bretonne », Les Temps nouveaux, 29 mars 1913. [45] Lettre à Jean Grave, avril 1912. [46] Émile Masson (alias Iônn Prigent), « Un dernier mot sur le seuil », La Pensée bretonne, n° 5, octobre 1913. [47] Émile Masson (alias Y. Brenn), « War-sao ! Debout ! Ar hou saù ! », Brug , juin 1913. [48] Idem . [49] Lettre à André Spire, 26 décembre 1904. [50] Giraud 1991, p. 336. [51] Lettre à André Spire, 26 décembre 1904. [52] Masson, Antée, in Guiomar 1972, p. 215. [53] « Le nationalisme est essentiellement un principe politique, qui affirme que l’unité politique et l’unité nationale doivent être congruentes », écrit Ernest Gellner in Nations et nationalisme , Paris, Payot, 1994, p. 11. [54] Lettre à André Spire, 26 décembre 1904. [55] Voir notamment, infra , le passage sur « l’hypernation ». [56] Dans les années 1970, on aurait dit « nationalitaire ». [57] Masson, Antée, in Guiomar 1972, p. 221. [58] style="COLOR: black">Lettre d’Émile Masson à Mariette, 16 octobre 1913, citée in style="COLOR: black"> Giraud 1991, p. 196. [59] Masson 1984, pp. 86-88. [60] Masson 1984, pp. 87-88. [61] Guiomar 1972, p. 52. [62] Bauer et Renner. [63] Cf. Stéphane Pierré-Caps, La multination. L’avenir des minorités en Europe centrale et orientale, Paris, Éditions Odile Jacob, 1995. [64] Émile Masson (alias Brenn), « La langue internationale et les langues nationales », Les Temps nouveaux , 6 juillet 1912. [65] Lettre à Jean Grave, 22 février 1908. [66] Émile Masson (alias Y. Brenn), « Religion et Révolution », Brug , janvier 1914. [67] Lettre à Louis et Gabrielle Bouët, 4 août 1917. [68] Lettre à Louis et Gabrielle Bouët, 4 août 1917. [69] Lettre à André Spire, 7 mars 1915. [70] Masson 1984, p. 225. [71] Giraud 1991, p. 60. |
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