| Contrastes bretons |
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Communication aux journées
d’études de l’IDEMEC « Qu’est-ce qu’une culture régionale
aujourd’hui ? », Aix-en-Provence, Maison méditerranéenne des Sciences
de l’Homme, 15 au 16 juin 2001. I. Contrastes sous-entendusA.
Pourquoi
« région » ?
1.
Un choix…
Pourquoi dire de la
Bretagne qu’elle est une « région » plutôt qu’une
« nation », une « nationalité », ou un
« peuple », par exemple ? Une telle question sonne généralement,
en France, comme une forme de provocation irritante. Pourtant, les Britanniques
considèrent que les Gallois (descendants des Bretons qui préférèrent rester sur
l’île de Bretagne quand les autres migrèrent sur le continent) forment une
nation. De plus, les Bretons (armoricains) ont été couramment qualifiés de
nation ou de nationalité jusqu’au milieu du xixe
siècle[1].
Enfin, aujourd’hui encore, il arrive que des auteurs anglo-saxons rangent, sans
penser à mal, la Bretagne parmi les « petites nations sans État »
d’Europe occidentale. La question n’est donc, peut-être, ni complètement
absurde ni totalement dépourvue de légitimité. Sans doute agace-t-elle parce
qu’elle paraît mettre en cause la conception française de la nation, selon
laquelle nation et État sont organiquement liés. La nation constitue en quelque
sorte, selon cette doctrine, la substance humaine dont l’État est la
personnification juridique. Employer l’un des mots « nation »,
« nationalité » ou « peuple » en France pour désigner une
collectivité vivant sur le sol français est, par conséquent, suspect. Soit –
puisque, d’après la conception française, il ne peut y avoir de nation sans
État –, il s’agit d’une démarche nationaliste, qui vise à créer un État séparé
de l’État français. Soit, il s’agit d’une démarche inégalitariste, de type
raciste ou « ethniciste[2] »,
qui tend à introduire des droits collectifs en faveur d’une communauté particulière
et, partant, à établir une discrimination au sein du peuple français, composé
par principe de tous les citoyens, sans distinction. Aujourd’hui, les mots
« nation », « nationalité » et « peuple » sont
donc irrecevables en France pour évoquer autre chose que l’ensemble des
citoyens français. C’est d’ailleurs pour cette raison que la référence faite
par le législateur au « peuple corse, composante du peuple français »
a été rejetée par le Conseil constitutionnel en 1991. Pourquoi, dès lors, ne
pas continuer à recourir au terme de « province », comme par le
passé ? Il ne saurait, certes, être question de l’employer en son sens
étymologique de « pays vaincu » sans susciter quelques blessures
d’amour-propre ; toutefois, cette acception étant à peu près complètement
oubliée aujourd’hui, le problème ne se pose pas. Cependant,
« province » a acquis – par contraste avec le génie intellectuel et
culturel de Paris – des connotations d’immobilisme, d’étouffement et
d’étroitesse d’esprit. « Il y a quelque chose de terrible », écrivait
par exemple Julien Green en 1927, « dans ces existences de province où
rien ne paraît changer quelles que soient les profondes modifications de
l’âme »[3]. André
Malraux s’était promis de rayer du vocabulaire le « mot hideux de
province » et il paraît en effet, désormais, plus correct de parler de
« région ». D’autant que le mot « province » ayant
appartenu au vocabulaire de l’Ancien Régime, il risquerait de paraître à
présent anachronique ou même douteux. « Région », cependant, n’est
pas plus républicain que « province ». C’est même le contraire,
puisque l’expression dérive du mot « roi ». La regio est un
territoire dont le roi trace souverainement les frontières par un acte
religieux, sans se préoccuper de l’histoire, de la culture ou de l’avis des
populations concernées. Le découpage régional, acte d’autorité, ne procède donc
pas vraiment d’une démarche démocratique. Qu’en est-il, à présent, de l’objet
découpé, à savoir le fait régional ? 2.
… Porteur de sens
Le fait régional relève
d’un genre à la fois mineur, limité et même, d’une certaine façon, sulfureux.
Il est mineur, en premier lieu, dans la mesure où les connotations péjoratives
qui étaient associées à la province se sont, en partie, transmises à la région.
En partie seulement, toutefois, car, dans le langage courant, le choix
d’employer le mot « région » plutôt que « province » révèle
souvent un effort de langage destiné à éviter de blesser d’éventuels interlocuteurs
provinciaux (dont on ne veut pas croire qu’ils ont l’esprit étriqué ou qu’ils
vivent dans une ambiance d’un ennui oppressant). Malgré tout, un article récent
sur la représentation de la Bretagne et des Bretons dans le Figaro et Libération
au cours des années 1990[4]
met à jour la force des préjugés. L’auteur y montre, en effet, que « la
culture bretonne selon le Figaro ne peut évoluer ». Le journal
affectionne cette culture « quand elle est célébrée comme un patrimoine à
ne conjuguer qu’au passé »[5].
En revanche, il « condamne en bloc les revendications identitaires
lorsqu’elles s’expriment dans les domaines politique ou économique, comme il
dénigre les acteurs du mouvement régionaliste des années 1970 “au chapeau rond
et aux idées courtes” »[6].
Quant à Libération, écrit l’auteur, il n’a même pas la condescendance
amusée du Figaro pour la culture patrimoniale bretonne, « il ne
porte que peu d’intérêt à tout ce qu’il englobe sous le terme de
“folklore” »[7]. Certes, il
« ne peut que prendre acte du renouveau et du renversement des stéréotypes
en ce qui concerne la Bretagne et ses habitants […] mais l’identité de Breton
elle-même n’a pas changé, restant toujours synonyme de “plouquerie”. Pour Libération,
elle est surtout le résultat soit du vide de loisirs et de l’ennui qui s’ensuit
[…], soit d’un repli sur soi de la part de citoyens qui refusent d’affronter
les difficultés de la vie moderne et préfèrent vivre dans une idéalisation de
la vie passée »[8]. En second lieu, le genre
régional est limité, dans tous les sens du terme. Il l’est, d’abord, au sens
géographique puisque, nous l’avons vu, les frontières régionales sont tracées
d’autorité par le pouvoir politique. À cet égard, on sait que le détachement de
la Loire-Atlantique de la Bretagne est contesté. Ainsi, selon un sondage csa réalisé en septembre 2000,
71 % des habitants de Loire-Atlantique et 63 % des habitants du reste
de la Bretagne souhaiteraient que la Loire-Atlantique revienne en Bretagne, dont
elle est la région la plus prospère. Le genre régional est limité, ensuite, par
le fait que sa reproduction relève de l’appréciation des pouvoirs publics. Il
est inutile de rappeler ici que les langues « régionales » ont été
éradiquées par l’État au début du xxe
siècle[9].
En revanche, on oublie souvent que l’histoire régionale a également été écartée
de l’enseignement, mis à part les épisodes évoquant le rattachement des
provinces à la France. Les enquêtes qui sont parfois menées en Bretagne sur ce
sujet indiquent que les Bretons méconnaissent complètement leur histoire[10].
Enfin, le genre régional est limité en France par les moyens dont il dispose.
D’une part, sur le plan particulier de la culture, l’État, dans le cadre de sa
politique « nationale », dépense 56 % de son budget culturel à
Paris, selon une enquête récente de Télérama[11].
D’autre part, sur un plan global, le budget des conseils régionaux est
particulièrement faible en France. Il est inférieur, par exemple, à celui des
conseils généraux ou à celui de certaines grandes villes. En outre, si l’on
procède à des comparaisons européennes, l’écart est considérable. Ainsi, le
budget du Conseil régional de Bretagne n’équivaut-il qu’à environ 1/40e
du budget de l’Écosse… Mineur et limité, le genre
régional est, enfin, quelque peu sulfureux. Cette « communauté
imaginaire »[12]
qu’est la nation, fondée théoriquement en France sur un contrat social et un
« plébiscite de tous les jours », repose, en pratique, sur une
entreprise étatique d’unification linguistique et culturelle ; il s’ensuit
que la diversité culturelle est traditionnellement ressentie comme une menace
pour l’État-nation. Mais pourquoi toujours parler de culture ? B.
Pourquoi
« culture » ?
Lorsqu’on évoque la
Bretagne, c’est le plus souvent en termes de « culture »,
d’« identité » ou d’« identité culturelle ». Pour quelle
raison ? La dimension culturelle épuise-t-elle la totalité de la question
bretonne ? Ou bien peut-on extraire la culture bretonne d’un contexte
social global dont elle serait, en quelque sorte, la substantifique
moelle ? 1.
Peut-on extraire la
culture de son contexte ?
Au nord du Finistère, le
Léon se distingue par un ensemble de traits marqués, d’apparence en partie
contradictoire. Ainsi, sur le plan culturel, le Léon est à la fois un lieu de
mémoire, dans la mesure où son dialecte – auquel la langue littéraire a
beaucoup emprunté – est un des bastions de l’archaïsme, et un lieu d’amnésie,
puisque – sauf dans une toute petite enclave de quelques communes – les chants
et danses traditionnels en ont totalement disparu. Sur le plan politique, le
Léon fait preuve d’un conservatisme systématique qui ne se dément toujours pas
aujourd’hui et qui l’isole de son entourage. Enfin, sur le plan économique, il
est à la pointe de l’innovation… Tous ces contrastes s’expliquent en fait par
un système cohérent dont la clef de voûte est – ou était, jusqu’aux années 1970
– le clergé. « Ah ! ce clergé du Léon », écrivait André
Siegfried en 1913, « je chercherais en vain la limite de son
pouvoir ! Il forme vraiment, dans le sens de l’Antiquité, une classe
sacerdotale dont les arrêts sont des oracles. Cette classe naît du sol même.
Chaque famille paysanne, surtout chez les Julots[13],
tient à honneur de donner à l’Église un prêtre ou une religieuse. Un lien
étroit, véritable lien du sang, s’établit ainsi entre le peuple et ses bergers.
Mais ce n’est pas un lien d’égalité. […] Quand l’enfant, l’adolescent d’hier
revient comme prêtre en visite au foyer, ce n’est plus en fils ou en frère,
c’est en supérieur, et nul ne songe plus à le traiter avec familiarité
[…] ; le sacerdoce l’a revêtu d’un caractère sacré[14]. »
Siegfried considérait que le clergé était le directeur spirituel et politique
du Léon. Mais il a aussi été son directeur culturel – puisque c’est lui qui a
interdit la pratique de la danse aux Léonards au xixe siècle – et, plus tard, son directeur
économique. C’est en effet le clergé léonard qui, par le biais de la jac, la Jeunesse Agricole Chrétienne, a
conduit la modernisation de l’agriculture du Léon et même de l’ensemble de la
Bretagne. On voit bien dans cet exemple local que la politique, la religion,
l’économie et la culture forment un système dont il paraît un peu absurde
d’extraire l’une des composantes. Au-delà du seul cas du
Léon, cette modernisation de l’agriculture bretonne que nous venons d’effleurer
a donc été initiée par la jac et
le clergé ; c’est dire qu’elle avait une dimension religieuse. Mais
elle s’inscrivait également dans le cadre d’une vision politique du
monde ; en effet, si les « Rouges » de Bretagne poussaient leurs
enfants à s’instruire pour quitter la région et s’élever au-dessus de leur
condition, les « Blancs », eux, les incitaient à rester en Bretagne
sur leurs exploitations, c’est-à-dire « à leur place ». En outre, la
modernisation de l’agriculture a bouleversé l’économie de la
péninsule : c’est elle qui a permis le développement général de la
Bretagne. Il en est résulté des conséquences sociales, notamment le
maintien d’une forte densité de population rurale. De plus, la modernisation
agricole a également eu des retombées culturelles non négligeables. D’un
côté, les agriculteurs, en modernisant leurs exploitations, ont délibérément
tourné le dos à l’héritage culturel de leurs parents. De l’autre, en permettant
par leur activité économique de maintenir un tissu social dans les campagnes,
ils ont favorisé, involontairement, la transmission de la culture bretonne
traditionnelle jusqu’à nos jours : les jeunes générations ont pu
s’abreuver à une source orale non encore tarie. En revanche, la société
bretonne ne peut plus se désaltérer aux sources minérales de la péninsule parce
que le productivisme agricole a conduit à une pollution de l’environnement.
Alors, de quel registre relève la modernisation agricole ? De
l’agriculture, exclusivement ? De la culture ? de l’économie ?
de la politique ? de la religion ? ou de l’environnement ? Bref,
faut-il vraiment isoler la culture de son contexte ? 2.
Faut-il le faire ?
Dans un article récent,
Fabrice Patez note que les mouvements régionalistes français passent
successivement, depuis les années 1950, « du droit des peuples (à
disposer d’eux-mêmes), revendiqué par les nationalismes régionaux, au droit
des minorités, qui est au cœur de la revendication nationalitaire, puis,
avec les mouvements culturels, au droit à la différence (culturelle) –
ou plutôt devrait-on parler d’un droit à l’identité (culturelle) »[15].
La troisième étape, observe-t-il, correspond au ralliement de la gauche régionaliste
à la gauche nationale et à sa volonté de rendre les revendications régionales
« recevables par les pouvoirs publics français »[16].
De grands changements en résultent. D’une part, les enjeux se
spécialisent : de globaux qu’ils étaient – à la fois politiques,
économiques et culturels –, ils se réduisent désormais à la culture. D’autre
part, ils se déterritorialisent : la question du territoire devient
dorénavant cantonnée au seul domaine économique et technocratique de
l’aménagement du territoire. Enfin, ils s’individualisent : les
revendications culturelles glissent « du terrain collectif au terrain
individuel, qui vise à les mettre en conformité avec les normes du droit et de
l’imaginaire nationaux français »[17]. Si l’individualisation des
enjeux répond vraisemblablement à une aspiration profonde de la société – sur
laquelle nous reviendrons ultérieurement – en est-il de même de leur
déterritoralisation et de leur spécialisation au seul domaine culturel ?
Il est permis d’en douter et de penser, au contraire, que la culture ne
constitue qu’une des facettes de la « bretonnité » vécue. Prenons
l’exemple fictif mais réaliste d’une jeune Bretonne, Marie, qui réfléchit à son
avenir professionnel. L’académie de Rennes étant l’une des plus performantes de
France, Marie est diplômée de l’enseignement supérieur. Elle souhaite rester
vivre en Bretagne ; d’une part, parce que sa famille et ses amis y vivent,
d’autre part, parce qu’elle en apprécie la culture – notamment la musique, les festoù-noz
et la langue qu’elle vient de commencer à apprendre – et enfin parce qu’elle en
aime beaucoup les paysages. Son amour des paysages la rend, d’ailleurs,
extrêmement sensible à toutes les formes de pollution de l’environnement ;
à la pollution des mers ou des rivières, notamment. La première, due à des
navires battant pavillon de complaisance, l’amène à critiquer tant le
capitalisme international que la façon dont la protection du littoral est
assurée par l’État français. La seconde forme de pollution, attribuée aux
nitrates d’origine agricole, la conduit également à mettre en cause l’État, qui
accorde de façon laxiste ses autorisations d’ouverture de porcheries
industrielles – et vient d’être condamné pour cela par la justice européenne –
mais aussi le modèle productiviste dans son ensemble, dont elle n’ignore
pourtant pas les apports historiques à l’économie bretonne. Enfin, malgré son
vif désir de rester en Bretagne, Marie devra vraisemblablement partir car
l’économie bretonne ne peut pas lui fournir d’emploi à la hauteur des ambitions
que lui permet son niveau d’études élevé : la plupart des sièges sociaux
des entreprises se trouvent, en effet, à Paris… Analyser la question
bretonne en termes purement culturels, ce serait donc ne voir de la vie de
Marie qu’un seul aspect qui, pour être emblématique, n’en est pas moins
superficiel. Citadine, elle ne fréquente les festoù-noz que depuis
quatre ou cinq ans et ne connaît que quelques mots de breton, fraîchement
acquis dans des cours du soir… En revanche, par ses goûts, son mode de vie et
sa façon de penser, elle formule un ensemble de questions – politiques,
économiques, culturelles, sociales et écologiques – qui n’ont de sens que dans
leur globalité et leur complexité. Ceci posé, nous pouvons à présent examiner
ce qui caractérise aujourd’hui la façon dont la culture bretonne est vécue et,
en particulier, ses contrastes… II. Contrastes d’expériencesA.
Contrastes spatiaux
1.
Un dualisme fondamental
Quand, à la fin de
l’Antiquité, une partie des Bretons quittent l’île de Bretagne pour venir
s’installer en Armorique – à laquelle ils donnent leur nom –, ils ne
s’implantent pas de façon homogène sur tout le territoire de l’actuelle
Bretagne. Ils s’établissent surtout dans sa partie occidentale. Néanmoins, à
l’issue de diverses campagnes militaires, l’empereur franc Charles le Chauve
doit concéder aux rois bretons Érispoë puis Salomon de vastes territoires à
l’est de la péninsule. Ainsi, lorsque les frontières politiques de la Bretagne
sont fixées au ixe
siècle, le royaume est-il biculturel : il associe une région celtophone –
à l’ouest d’une ligne Dol-Guérande – avec, à l’est de cette ligne, une région
romane parsemée de colonies bretonnes disséminées. « Cette extension de la
Bretagne vers l’est », explique Jean-Christophe Cassard, « est d’une
grande importance historique : le breton y devient la langue des
dominants, même s’il n’est parlé que par une minorité de la population, aux ixe et xe siècles[18]. »
Puis, « à partir du xie
et surtout du xiie
siècle, l’aristocratie bretonne est noyée dans un milieu de langue romane qu’elle
pénètre par ses mariages et ses relations de voisinage, et le breton est dès
lors déclassé dans l’usage social : sa pratique se restreint à la seule
Basse-Bretagne, tandis que les souverains se francisent[19]. »
Le dernier souverain à s’exprimer en breton est Alain Fergent (1084-1112) et
bientôt, les élites bretonnes, fascinées par la richesse de la Bretagne
orientale et par la cour de France, déprécient et délaissent leur patrimoine
linguistique, d’autant qu’elles doivent fuir les invasions vikings et se
réfugier en milieu romanophone. Le clivage entre les deux
Bretagne est fondamental. Il a persisté jusqu’à nos jours, même si la frontière
linguistique a reculé au fil des siècles, se situant à présent sur une ligne
qui va de Plouha à Vannes. À l’est de cette ligne se trouve la Haute-Bretagne,
ou Pays gallo, qu’on appelait au Moyen Âge « Bretagne Gallou ». Elle
est de culture romane et le chroniqueur Froissart l’appelait la « douce
Bretagne ». Siegfried, au début du xxe
siècle, parle à son sujet de « peuple conquis »[20].
À l’ouest se situe la Basse-Bretagne, ou Bretagne bretonnante, qu’on appelait
« Bretagne tonnante » au Moyen Âge, probablement parce que sa langue
celtique écorchait les oreilles sensibles : les Bas-Bretons, écrit en
effet Jean de Laet en 1629, « semblent non pas parler mais tonner et
émettre des grincements de dents »[21].
Pour André Siegfried, « nous voici enfin dans la véritable Bretagne, celle
des Celtes. Sans doute c’est encore la Grande France, comme diraient les
Anglais, mais à proprement parler ce n’est plus tout à fait la France. C’est
une de ces “Hespéries” lointaines que le Monde celtique a attachées aux pointes
extrêmes de notre Occident »[22].
Tous les clichés qui constituent aujourd’hui le stéréotype breton sont issus de
cette Basse-Bretagne, qu’il s’agisse du chapeau rond, des coiffes, des calvaires,
de la langue bretonne, du fest-noz ou de tout ce qui a trait à la
culture celtique. Pourtant, malgré la vigueur
du contraste, il n’y a pas et il n’y a jamais eu de conflit linguistique entre
les populations de Haute et de Basse-Bretagne comme il en existe, par exemple,
en Belgique entre les Flamands et les Wallons. Aujourd’hui que le français est
parlé partout en Bretagne, la frontière linguistique a perdu beaucoup de sa
consistance mais, même lorsqu’elle constituait encore un obstacle entre
populations qui ne se comprenaient pas, c’est-à-dire, grosso modo,
jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, elle n’était pas un lieu d’affrontement.
Globalement, les Hauts et les Bas-Bretons voisinaient sans guère se
fréquenter ; il leur arrivait, cependant, de se rencontrer – notamment à
l’école, sur les marchés ou lors de leur service militaire. Alors, les
Bas-Bretons étaient stupéfaits et parfois, peut-être, un peu irrités de voir
ces Bretons qui, paysans comme eux, les appelaient « les Bertons » et
ignoraient la langue bretonne. Les Hauts-Bretons, quant à eux, trouvaient que
leurs voisins étaient bien impolis de s’exprimer en breton devant eux,
notamment sur les marchés où il arrivait, en effet, que des Bas-Bretons
utilisent leur langue pour échanger des informations sans être compris lors de
tractations commerciales. En dehors, toutefois, de ces menus agacements
réciproques et de quelques bagarres dans les cours de récréation ou lors de
mariages trop arrosés, la coexistence était pacifique. La Bretagne ne doit donc
être considérée ni comme une minorité ethnique, ni comme une communauté
culturelle, puisqu’elle a deux cultures. Elle constitue une véritable société,
dont la complexité est, de plus, parfois déroutante. 2.
D’innombrables
microclimats
La Bretagne n’est pas simplement
divisée en deux. Elle englobe en outre, telle une poupée russe, des pays
historiques qui comprennent généralement un haut et un bas pays, lesquels
contiennent, à leur tour, de petits pays très typés, incluant, en sus, des
terroirs différents… Tous ces pays et terroirs ne sont pas sans liens avec les
nuances dialectales et les anciens us vestimentaires, chorégraphiques ou
alimentaires, même si, bien évidemment, les différentes aires, loin de se
recouper précisément, s’enchevêtrent. Ils sont, de plus, l’objet de nombreux
stéréotypes ethniques ; on dit, par exemple, en breton : « Sot
comme un Vannetais, brusque comme un Cornouaillais, voleur comme un Léonard et
traître comme un Trégorrois[23]. »
Et ce n’est là qu’un des innombrables dictons relatifs aux pays ; les plus
malicieux et les plus cruels de ces propos sont généralement proférés à
l’encontre des plus proches voisins. Des chansons, également, font état des
stéréotypes ethniques ; enfin, la langue a gardé une abondance de surnoms
attribués, il y a quelques décennies, à d’étranges étrangers, venus parfois
d’endroits distants de plus de dix kilomètres ! Par exemple, an Diaoul,
« Le Diable », était le surnom d’une personne originaire du Juch,
en Pays glazig, parce que l’église de son village contenait une statue du
diable. Giz Ma Gar, « Comme Ma Jambe », était le surnom
d’« un Cornouaillais exilé en Vannetais [qui] se vantait régulièrement de
ses pêches en disant que les poissons étaient giz ma gar. La vantardise
implicite, et probable, n’était pas le seul élément épinglé. Il y avait aussi
sa prononciation cornouaillaise[24]. »
Keler noz, « Le Feu Follet », était le surnom donné, en
Bas-Léon, « à une étrangère (de Landerneau !) venue habiter dans la
commune. Elle avait un style vestimentaire qui surprenait chez une jeune
femme : elle portait des vêtements noirs à une époque où les veuves de
moins de soixante-dix ans adoptaient des tons pastel pour tout, y compris le
coloriage de leurs derniers cheveux[25]. »
Enfin, Torr-penn, « Casse-pieds », était le surnom d’un
Léonard exilé en Trégor : « Sans doute », écrit le collecteur de
ces surnoms[26], « la
capacité léonarde à se croire au-dessus du reste du monde, et à le faire
largement savoir, est-elle derrière ceci[27]. »
Ces différences anthropologiques – parfois anciennes, puisque certaines sont
attestées dès le ixe
siècle – n’ont aucune traduction administrative et s’estompent parfois ;
beaucoup, cependant, bien enracinées, restent curieusement vivaces au xxie siècle. D’une part, en effet, la cartographie
électorale permet, aujourd’hui encore, d’individualiser nettement certains pays
historiques tels que le Léon ou le Vannetais, car leur comportement politique,
nettement conservateur, tranche avec le reste de la Basse-Bretagne. D’autre
part, il arrive que des chefs d’entreprise tiennent compte dans la conduite de
leurs affaires des micro-particularismes locaux. Souvent, ils associent le
mini-pays où ils demeurent au nom de leur entreprise (par exemple :
« Garage du Goëllo »), ce qui contribue à garder vivant le souvenir
du pays en question. Parfois, dans le domaine agroalimentaire en particulier,
il leur arrive de maintenir au sein de leur groupe une organisation calquée sur
les petits pays. Enfin, il m’a été dit que certains patrons manifesteraient
parfois des préférences à l’embauche pour des recrues issues de tel ou tel pays
historique particulier. Néanmoins, outre que c’est difficile à prouver, cela
paraît assez anachronique et improbable. Peut-être s’agit-il plutôt de
folklore ? En revanche, il ne fait pas de doute que dans des zones rurales
ayant conservé une forte personnalité, certaines origines
« ethniques » peuvent être difficiles à porter. Ainsi, une femme
d’une cinquantaine d’années qui, pour des raisons professionnelles, a dû suivre
son mari à Scrignac dans les années 1980, me confiait-elle il y a peu qu’elle
ne parvient toujours pas à s’implanter localement et que – au bout de deux
décennies –, on ne l’appelle encore aujourd’hui que « la Léonarde ».
Or, en ce bastion communiste rural, ancien haut lieu de la résistance, un tel
catalogage comporte une lourde charge de défiance. Beaucoup considèrent en
effet, à Scrignac « la rouge », que tous les Léonards sont par
essence catholiques et réactionnaires… En dehors, cependant, de
quelques lieux exceptionnels qui sont les conservatoires de la singularité
rurale, les stéréotypes ethniques perdent de leur consistance. Ils sont
néanmoins ravivés de nos jours, voire réinventés, dans les milieux de la
renaissance culturelle, sur un ton d’humour badin qui n’est pas sans évoquer
les blagues relatives aux Belges, aux Juifs ou aux Écossais. Des plaisanteries
nouvelles sont créées ou transposées, en particulier à propos des Léonards et
des Bigoudens et de leur avarice supposée. Tout ceci, lors d’une conférence,
faisait dire à un collègue sociologue, Gérard Premel : « Si les
Bretons ne sont pas racistes, c’est parce qu’ils épuisent leur racisme entre
eux ! » Toutefois, dans la façon dont la culture est vécue à présent,
le contraste fondamental n’est pas spatial mais social. B.
Contrastes sociaux
La culture bretonne est
vécue aujourd’hui d’au moins trois manières différentes. Pour les uns, elle
constitue un mode de vie ; pour d’autres, elle persiste sous la forme
d’une reproduction délayée, presque éteinte ; pour les derniers, enfin,
elle tient de la réinvention. 1.
Mode de vie
On rencontre en Bretagne
intérieure, loin des villes et du littoral, des paysans retraités qui
paraissent vivre comme le faisaient leurs parents et continuer à reproduire une
culture bretonne ancestrale. En réalité, bien sûr, de nombreux changements sont
intervenus entre leur mode de vie et celui de leurs parents. Par exemple, leur
habitat est différent ; le sol n’est plus en terre battue et ils ont doté
leur maison d’un cabinet de toilettes et d’une salle de bains. Ils lisent
régulièrement un quotidien régional, possèdent une télévision qu’ils regardent
avec assiduité. Ils ont une voiture, avec laquelle ils vont faire des courses
en ville tous les mois. Il ne leur reste plus rien des traditions
vestimentaires anciennes – sauf la coiffe que portent encore, dans certaines
régions, quelques vieilles femmes irréductibles. Et pourtant, ce qui frappe
l’observateur, c’est leur singularité. Ils parlent constamment breton entre eux
– ou gallo, selon le lieu où ils habitent – ainsi qu’avec leurs voisins et amis
âgés. Ils vivent en quasi-autarcie sur leur ancienne petite exploitation, se
nourrissant presque exclusivement des produits de la ferme (cidre, lait,
légumes, volailles, œufs, lapins, parfois veaux, etc.), de la pêche et de la
cueillette. Ils limitent leurs achats au minimum. Ils entretiennent la nature,
souvent à la faucille. Ils n’utilisent en général que de petits outils car ils
ne font pas partie du groupe, largement majoritaire, des agriculteurs qui se
sont endettés pour moderniser leur exploitation. Leur façon de marcher et leurs
gestes, caractéristiques de leur milieu, sont inimitables ; de même que
leur pas de danse, dans les festoù-noz, ou que leur façon de chanter,
voire même de parler. Leur univers de valeurs n’est plus celui de leurs parents
mais il n’est pas non plus tout à fait celui de la société environnante. Le
sens de beaucoup de comportements « modernes » leur échappe. Peut-on
dire de leur mode de vie qu’il est caractéristique de la culture bretonne
« authentique » ? Oui et non. Oui, parce qu’il bénéficie de la
légitimité de la reproduction, voire du mythe de la pureté. Mais non, pour deux
raisons contradictoires. D’une part, l’héritage culturel qu’ils préservent en
partie est très circonscrit : c’est celui de leur terroir et non pas celui
de la totalité de la culture bretonne, dont il ne constitue qu’une partie. À
l’inverse, leur façon de vivre n’est ni locale ni même simplement bretonne,
elle est universelle : ils se comportent avant tout en paysans. Les autres
Bretons, dorénavant, ne reproduisent plus guère la culture bretonne. 2.
Reproduction résiduelle
Des pans entiers de la
culture bretonne ne se reproduisent plus, simplement parce que les activités
économiques auxquelles ils étaient liés ont à peu près disparu ; tel est
le cas des petits métiers artisanaux. Quant à ces métiers emblématiques que
sont l’agriculture ou la pêche, ils sont radicalement différents de ce qu’ils
étaient jusqu’au milieu du xxe
siècle. En particulier, doit-on considérer que le mode de production intensif
des agriculteurs bretons d’aujourd’hui relève de la culture bretonne ? Ne
peut-il pas, au contraire, être pratiqué n’importe où ? Certes, les jeunes
agriculteurs disposent d’un patrimoine culturel breton plus étendu que les
autres jeunes de leur génération, ne serait-ce que sur le plan
linguistique ; mais celui-ci ne joue qu’un rôle très annexe dans leur vie
quotidienne. Dans tous les milieux,
cependant, divers traits culturels bretons continuent d’être reproduits, de
façon fort atténuée par rapport à ce qui se faisait jusqu’à la Seconde Guerre
mondiale. La langue bretonne, dont – selon les sondages[28]
– les deux tiers des locuteurs ont désormais plus de soixante ans, n’est plus
transmise de génération en génération[29].
Quant au gallo, même s’il n’existe pas d’étude quantitative sur le sujet, sa
situation ne doit pas être plus brillante. Cependant, en breton comme en gallo,
des bribes linguistiques continuent à être reproduites : des
plaisanteries, des proverbes, des tournures de phrases ou des mots isolés sont
employés, à l’occasion, par des non-locuteurs qui les ont généralement acquis
en famille, au cours de l’enfance. D’autre part, diverses pratiques continuent
à être reproduites, notamment dans le domaine alimentaire. Les Bretons restent,
les statistiques l’attestent, de forts consommateurs de cidre, de crustacés et
de beurre salé. De plus, les familles bretonnes conservent souvent une ou
plusieurs recettes de cuisine qui leur ont été transmises par leurs aïeux et
qu’elles préparent de temps en temps, lors de grandes occasions festives.
Enfin, diverses représentations et valeurs se perpétuent en partie – souvent
influencées par des réminiscences religieuses –, qu’il pourrait être
intéressant d’inventorier[30].
Cependant, la partie émergée de la culture bretonne, celle qui est souvent sous
le feu des projecteurs, relève désormais de la réinvention. 3.
Réinvention
Le fest-noz, en
premier lieu, que nous avons mentionné à plusieurs reprises, a été largement
réinventé. Au départ, il s’agissait d’une fête privée entre agriculteurs
bas-bretons, à l’issue de travaux éreintants : on dansait collectivement,
en rond, la danse du terroir, entraîné par des chanteurs qui dansaient également.
Après avoir manqué de disparaître, le fest-noz a été relancé au
lendemain de la Seconde Guerre mondiale par une poignée de bénévoles.
Aujourd’hui, il est devenu une activité publique et payante, totalement
détachée de la vie agricole ou même rurale ; il peut se dérouler n’importe
où en Bretagne, voire même ailleurs (Paris, Londres, Pékin, etc.) et draine
souvent plusieurs milliers de personnes. Les chanteurs, les sonneurs ou les
groupes musicaux qui animent les festoù-noz d’aujourd’hui se produisent
sur une estrade ou une scène sonorisée. Ils sont donc séparés du public et ne
participent évidemment pas aux danses, lesquelles sont de plus en plus variées,
déterritorialisées, et individualisées. La musique bretonne, quant
à elle, est plus que réinventée : elle est révolutionnée, éclatée et
foisonnante. Ouverte à tous les courants musicaux – rock, jazz, pop, rap,
techno, reggae, ou autres – et à toutes les influences – irlandaise en
particulier, mais aussi tsigane, africaine ou indienne –, elle parvient,
cependant, à les assimiler et à s’exprimer de façon originale. Cette
combinaison d’apports extérieurs et d’apport breton, de tradition et
d’innovation, explique vraisemblablement le succès commercial actuel de la
musique bretonne. Enfin, la langue bretonne
telle qu’elle est enseignée et médiatisée aujourd’hui relève également, en
partie, de la réinvention. La langue populaire qu’était devenue la langue
bretonne, après avoir été abandonnée par les élites au Moyen Âge, s’était
appauvrie au point de perdre sa capacité de dérivation ; en outre, elle
s’était morcelée en dialectes qui rendaient parfois l’intercompréhension
difficile. À partir du xixe
siècle, et surtout de l’entre-deux-guerres, des lettrés l’ont étudiée, enrichie
de mots nouveaux, codifiée et standardisée au point que, de nos jours, les
néo-bretonnants qui ne se sont jamais frottés à des bretonnants de langue
maternelle sont parfois accusés de parler un nouveau dialecte breton, voire une
autre langue que le breton… En tout cas, dans tous les
domaines culturels – qu’il s’agisse de la nourriture, de la façon de danser ou
de l’emploi de la langue bretonne –, on est passé, conformément aux usages de
la vie moderne et citadine, du gras au light. Tout s’est allégé, au sens
propre comme au sens figuré. D’une part, la lourdeur culturelle a
disparu : la cuisine régionale s’est débarrassée des excès de graisse (le
saindoux n’est plus utilisé) comme des plats étouffants qui « tenaient au
corps » des travailleurs manuels (on ne mange plus de bouillie
d’avoine) ; lors des festoù-noz, les jeunes préfèrent souvent à la
ronde communautaire la danse par groupes d’amis voire par couples, à un rythme
délibérément accéléré ; enfin, la langue bretonne réinventée ne connaît ni
les métaphores croustillantes de la langue du terroir ni son fort accent
tonique. D’autre part, le poids de la contrainte sociale s’est évaporé :
la gamme alimentaire s’est considérablement diversifiée, de même que le
répertoire chorégraphique des festoù-noz ; quant à la langue bretonne, on
ne la parle plus que par choix. Mais pourquoi, précisément, effectue-t-on de
tels choix ? III. Contrastes explicatifsDiverses explications sont
avancées à la résurgence des identités régionales. Concernant le cas breton, on
en retiendra trois : le nationalisme, le « néotribalisme
post-moderne » et des aspirations sociales contrastées. A.
Nationalisme ?
La réapparition de la
question bretonne relève-t-elle du nationalisme ? C’est là l’une des
hypothèses fréquemment envisagées, souvent en mauvaise part, car le
nationalisme est généralement stigmatisé en France. Il y est pourtant actif. En
Bretagne, il porte des fruits qui ne sont pas toujours ceux que l’on pourrait
attendre et il se manifeste parfois là où on ne l’attend pas. 1.
Une image négative
Le mot
« nationalisme » est connoté négativement en France. Pourtant, sa
réalité est partagée par la grande majorité des Français, d’une façon souvent
inconsciente. Tout simplement, d’une part, parce que le nationalisme est
« une manière d’être-au-monde à laquelle nous sommes tous soumis »,
explique Benedict Anderson, « plutôt que, simplement, l’idéologie de
quelqu’un d’autre »[31].
Et, d’autre part, parce que, si, comme l’établit Ernest Gellner, « le
nationalisme est essentiellement un principe politique, qui affirme que l’unité
politique et l’unité nationale doivent être congruentes »[32],
il correspond parfaitement à l’opinion dominante en France. Enfin, les
représentants de la France et la majeure partie des Français n’ont-ils pas
longtemps considéré – et ne considèrent-ils pas encore, parfois – que leur pays
est une nation universelle porteuse d’une mission civilisatrice et dotée, à
cette fin, d’une pensée et d’une langue universelles ? Tout cela permet
peut-être de mieux comprendre les réticences qu’éprouvent beaucoup
d’intellectuels et de journalistes français envers le nationalisme, souvent
présenté comme « l’idéologie de l’autre », qui menace de le faire
chuter de la civilisation vers la barbarie. Par ailleurs, le
nationalisme breton a une image négative spécifique, qui découle de ses
erreurs. Sa faute majeure – constamment réitérée sous des formes diverses
pendant un siècle – consiste à partir de lui-même et de sa logique propre pour
s’opposer à un État français qui le fascine, plutôt que de partir de la
population bretonne telle qu’elle est afin de l’amener progressivement à ses
vues. Cela se traduit, au début du siècle, par de l’élitisme social ;
puis, dans l’entre-deux-guerres, par de l’élitisme politique et culturel.
Ensuite, lors de la Seconde Guerre mondiale, une partie des militants
nationalistes collabore avec l’Allemagne nazie au nom d’une logique –
« les ennemis de nos ennemis sont nos amis » – totalement étrangère à
la façon de penser de la population bretonne, horrifiée. Enfin, depuis la
guerre, les différentes composantes du mouvement breton préfèrent professer
doctement leurs théories ou laisser libre cours à leur agressivité envers
l’État plutôt que de tisser des liens avec la population. 2.
Des fruits imprévus
« Le
nationalisme consiste essentiellement à imposer, globalement à la société, une
haute culture là où la population, dans sa majorité, voire sa totalité, vivait
dans des cultures inférieures », explique Ernest Gellner[33].
C’est ce qu’ont fait les États – dont l’État français – et c’est bien ce que
les militants de la renaissance culturelle bretonne ont voulu faire à partir du
xixe siècle, sans
disposer pour cela d’écoles, d’universités ou de médias quelconques. Les
travaux d’Hersart de la Villemarqué[34],
de Jean-François Le Gonidec[35],
d’Arthur de la Borderie[36]
puis de Roparz Hemon[37],
procèdent résolument de cette démarche. Leur
effort porte aujourd’hui des fruits assez éloignés des desseins initiaux.
Certes, la langue bretonne a connu un profond renouvellement technique, selon
l’ambition de ces précurseurs ; cependant, cette langue renouvelée est
l’apanage d’une minorité, tandis que la langue du peuple est désormais le
français, sauf chez les ruraux âgés. En revanche, la musique, qui a également
été vigoureusement rénovée, connaît un succès massif mais globalement déconnecté
de toute préoccupation politique. Le rapport à la culture est, en effet,
individuel et ne se prête guère aux ardeurs patriotiques. L’élan
culturel breton est, malgré tout, très politique. D’une part, parce qu’il met
en cause la dichotomie entre culture française universelle, d’un côté, et
folklore provincial relevant du repli tribal, de l’autre : la qualité de
la musique bretonne d’aujourd’hui et l’accueil qui lui est réservé hors de
France font qu’on peut présumer que la culture bretonne a bien une place à
occuper dans le patrimoine de l’humanité. D’autre part, le renouveau culturel
breton, par son caractère à la fois non nationaliste et critique envers l’État
français, possède une dimension a-étatique qui n’est pas sans rappeler le
courant libertaire. Aux
antipodes de ce courant libertaire, le patronat breton hisse depuis quelques
années les couleurs du patriotisme régional. 3.
Le patriotisme patronal
Une
classe d’entrepreneurs bretons est apparue récemment au grand jour qui, dotée
de puissantes figures telles que François Pinault, Vincent Bolloré ou Patrick
Le Lay, manifeste un intérêt inédit pour l’identité bretonne. Au cours
des dix dernières années, le patronat de Bretagne a pris au moins trois
initiatives qui contribuent – c’est une nouveauté – à lui donner une dimension
bretonne. Il a créé le « Club des Trente », association des chefs des
plus grandes entreprises de la péninsule, dont le nom fait référence à un
épisode glorieux de l’histoire de la Bretagne indépendante. Il a fondé l’Institut
de Locarn[38], qui
organise régulièrement des conférences et séminaires de haut niveau dans la
perspective de former le patronat à métamorphoser la Bretagne en un
« tigre » économique. Enfin, il a constitué l’association
d’entreprises « Produit en Bretagne », qui met en avant, par son
logo, l’origine bretonne des produits qu’elle diffuse et pousse les
consommateurs locaux à acheter breton, au nom de la création d’emplois et du
développement économique régionaux. Le
patronat breton ne prend toutefois pas le risque de s’engager dans une démarche
patriotique comparable, par exemple, à celle du patronat catalan d’Espagne.
Néanmoins, il lui arrive parfois de sponsoriser des groupes musicaux ou des initiatives
culturelles. On pense, notamment, à l’Histoire de Bretagne en bandes
dessinées[39] et surtout
à tv Breizh, la première
télévision régionale (et bilingue, breton et français) de France. Ainsi le
patronat breton contribue-t-il, tant par son travail de réflexion à l’Institut
de Locarn que par les effets d’annonce de « Produit en Bretagne » ou
par ses quelques actions de sponsoring, à transformer l’image de la Bretagne.
Sa démarche régionaliste relève d’un libéralisme qui s’accommoderait bien d’un
affaissement de l’État. B.
Néotribalisme
post-moderne ?
1.
Une « tribu »
installée
Une
communauté culturelle bretonne existe depuis la fin du xixe siècle. De 1898 – date de la création de
l’Union Régionaliste Bretonne – à aujourd’hui, les associations, les
fédérations d’associations, les groupuscules en tout genre et les petits partis
se sont multipliés. À chaque génération, les nouvelles recrues suivent des
parcours individuels balisés qui, aujourd’hui, les font notamment passer par
des stages de breton, utiles non seulement à l’enseignement de la langue mais
aussi à souder la communauté. Des rassemblements divers sont organisés,
réunions, festoù-noz, festivals ou manifestations de rue, qui
participent à fondre l’individu dans le groupe. Depuis
les années 1980, cette communauté culturelle bénéficie d’une triple
reconnaissance. Celle du grand public, en premier lieu : d’abord
sceptique, il s’est laissé convaincre par la qualité des efforts entrepris sur
le plan musical, d’une part, et sur le plan linguistique, d’autre part,
notamment par l’association Diwan[40].
La deuxième reconnaissance est venue des médias, et en particulier des
quotidiens régionaux qui, peut-être par désir de contenter leur lectorat, se
sont mis à accorder dans leurs colonnes une plus large place à la renaissance
culturelle. Enfin, les élus ont bientôt dispensé aux associations culturelles
un soutien financier substantiel et croissant. Grâce,
en partie, à cette triple reconnaissance, la communauté culturelle bretonne se
cristallise. D’une part, elle s’institutionnalise ; de plus en plus
d’associations emploient, dorénavant, des permanents : la langue et la
culture bretonnes sont devenues des spécialisations susceptibles de fournir des
débouchés professionnels. D’autre part, elle se développe. Les festivals
bretons attirent des foules. La musique bretonne se vend et séduit les majors
américaines. Enfin, elle se dote, par le biais d’Internet, d’un réseau
d’information très fourni. Cependant, quels liens cette communauté virtuelle
entretient-elle avec le milieu dont elle est issue ? 2.
Détachée
Globalement,
cette communauté se livre aujourd’hui à une culture « hors
sol » : elle pratique la langue, la musique ou la danse d’une façon
totalement détachée de leurs territoires d’origine. Ainsi, on va désormais dans
des festoù-noz en Haute-Bretagne et on se livre aux danses
hautes-bretonnes en Basse-Bretagne ; on s’adonne aux an-dro
vannetais en Cornouaille et on joue des gavottes des montagnes sur le littoral.
Quant à la langue bretonne, non seulement elle se pratique déjà couramment dans
certains cafés rennais ou nantais, mais l’Office de la langue bretonne mise sur
son développement dans la partie orientale de la péninsule, là où elle n’a
pourtant jamais été parlée dans le passé[41]. Non
seulement la culture bretonne se déconnecte, donc, de son espace d’origine,
mais elle se détache également du milieu social qui l’entretenait jusqu’à
présent. Les nouveaux bretonnants – ou plutôt les nouveaux
« brittophones », puisque c’est le terme qui est désormais revendiqué
– ne sont d’ordinaire pas des ruraux mais des citadins. En outre, ce ne sont ni
des paysans ni des pêcheurs ni des artisans ni des ouvriers, mais, la plupart
du temps, des cadres, des professions intellectuelles supérieures ou des
professions intermédiaires. L’agriculture
hors sol permet – parfois – à l’éleveur ou au cultivateur de produire sans se
salir les mains et de rapprocher son mode de vie de la « normalité »
sociale, ce qui le décomplexe. De même la culture bretonne hors sol se vit-elle
sans complexe. Elle est pratiquée par des jeunes, elle s’affiche dans les lieux
publics et, même, on revendique pour elle une place plus grande dans la société
et les médias. Autant de dissemblances avec la culture de terroir, qui survit
discrètement dans la sphère privée. C’est manifestement le mérite du
« hors sol » qui a aussi, cependant, ses limites. 3.
Limitée
En
premier lieu, les excès du « hors sol » sont parfois mal vécus par la
société environnante. Quand, dans un fest-noz, des jeunes dansent à un
rythme plus rapide que le reste de l’assemblée, ils prennent le risque de
casser l’ambiance de la fête. De même, quand de nouveaux bretonnants
s’expriment en une espèce d’interlangue jargonnante calquée sur le français et
ne faisant aucune concession à la syntaxe et à l’accent tonique du breton
usuel, ils sont susceptibles de susciter l’agacement de leurs auditeurs. Surtout,
la culture bretonne est très minoritaire ; elle n’est pas
institutionnalisée et ne bénéficie pas d’une diffusion massive. Par conséquent,
elle n’a d’autres « viviers » que son milieu d’origine et une rupture
avec celui-ci pourrait lui être fatale. Par exemple, dans le domaine
professionnel et technique, comment un néo-bretonnant pourrait-il enseigner ou
traduire correctement du breton sans s’être auparavant imprégné de la langue
des bretonnants de langue maternelle ? De même, comment éviter de répéter
ce qui s’est déjà fait, comment renouveler le patrimoine musical breton, sans
avoir auparavant étudié les subtilités de la musique traditionnelle ? Enfin,
le renouveau « hors sol » de la culture bretonne, s’il joue incontestablement
un rôle avant-gardiste, n’épuise pas tout le mouvement populaire en cours
aujourd’hui. La fréquentation considérable des manifestations culturelles le
prouve, de même que l’attachement massif à la langue et à la culture bretonnes
dont la population témoigne dans les sondages. Par exemple, en 1997, 88 %
des Bas-Bretons affirment qu’« il faut conserver le breton »[42]
alors qu’ils n’étaient que 76 % en 1990[43].
Sans doute existe-t-il une sorte de tribu post-moderne des fans de culture
bretonne mais elle ne doit pas cacher l’ensemble de la société et ses
aspirations. C.
Aspirations
sociales contrastées
La Bretagne contemporaine ne fait pas exception à la tendance actuelle
des populations occidentales à rechercher le bonheur individuel. Cependant,
dans cette quête, elle semble tiraillée par les contradictions. Elle est
attirée simultanément par l’individualisme et le holisme et entretient avec
l’autonomie collective une relation ambivalente. 1.
Individualisme et
holisme
L’aspiration au bonheur individuel se traduit par un vif désir
d’autonomie personnelle. En Bretagne comme ailleurs, mais à un rythme un peu
plus lent, la religion catholique – qui régissait les esprits et les mœurs – a
perdu son influence sur la société. Progressivement, les corps se sont libérés
de son emprise ; les familles éclatent et se recomposent sans que le poids
du jugement social se fasse désormais sentir trop intensément ; les
individus se laissent séduire sans culpabilité par les plaisirs hédonistes de
la consommation… Parallèlement, les Bretons – et les Français en général –
acceptent de moins en moins que l’État leur assigne une identité ou leur impose
des contraintes. Ils souhaitent que leur spécificité soit reconnue car, dans
toutes les sociétés occidentales, les individus, conscients du caractère
multidimensionnel de leur identité, veulent choisir eux-mêmes ce qu’ils sont et
ce qu’ils paraissent. On peut être issu d’une longue ascendance bretonne,
parler breton ou gallo et ne pas du tout se sentir breton. En revanche, on peut
n’avoir qu’une lointaine origine bretonne, voire pas du tout, et choisir d’être
breton. On peut même cultiver cette bretonnité par des manifestations
ostentatoires (le port de vêtements, bijoux ou insignes spécifiques) ou par des
activités plus intimes (découverte du milieu naturel, étude de l’histoire,
enseignement de la langue à ses enfants, etc.). Alors, on n’admet pas que
l’État, délibérément ou non, mette des obstacles à ce « bricolage »
identitaire. De façon
apparemment contradictoire avec ce qui vient d’être dit, beaucoup de Bretons –
et en particulier ceux qui affirment leur bretonnité – valorisent un passé
mythique où le poids de la collectivité était grand. Les propos qu’ils tiennent
au sujet de leurs « racines » renvoient à la nostalgie d’un passé
familial qui se situe aux antipodes de l’autonomie individuelle qu’ils
revendiquent aujourd’hui pour eux-mêmes. En outre, ces mêmes Bretons semblent
rechercher la chaleur de la fusion collective. Du moins est-ce là ce que
laissent penser tant la constitution de tribus virtuelles, évoquées ci-dessus,
que le goût de la population pour les festoù-noz et les festivals
gigantesques. Tout ceci, cependant, n’est pas si paradoxal. Mener sa vie de
façon autonome n’empêche pas d’idéaliser son passé familial ; au
contraire, même, puisqu’il s’agit du passé, on ne risque pas d’y être
confronté ; de plus, la glorification des ancêtres flatte l’ego. Enfin,
aimer son autonomie individuelle n’interdit pas d’assouvir de temps en temps
une pulsion fusionnelle ; on peut même supposer que ce que les Bretons
aiment dans leur société c’est sa capacité à leur offrir les deux possibilités. En
revanche, là où un paradoxe réside peut-être c’est dans la contradiction qui
existe entre l’élan individualiste actuel des Bretons et la globalité des
enjeux économiques, politiques et culturels de la question bretonne que nous
suggérions lorsque nous évoquions, supra, l’exemple de Marie. Cette
globalité des enjeux nous conduit à présent à l’étrange relation que les
Bretons entretiennent avec la notion d’autonomie collective. 2.
Ambivalence autonomique
L’autorité
de l’État s’affaisse depuis quelques années et les institutions républicaines
sont en crise. L’école ne parvient pas à empêcher la reproduction des
inégalités. Le service militaire a été supprimé. Les partis politiques sont en
partie discrédités et perdent, ainsi que les syndicats, beaucoup de leurs
adhérents et de leurs militants. Enfin, les Français semblent éprouver le
sentiment que leurs institutions se sclérosent. Dans ce contexte
d’affaiblissement du pouvoir central, les Bretons manifestent un attrait
nettement plus fort pour l’Europe que la moyenne française. Ils l’ont montré,
dès 1992, par leur vote massif en faveur de la ratification du traité de
Maastricht et ils le confirment régulièrement lors des sondages relatifs à
cette question. Simultanément, ils expriment également leur intérêt pour un
renforcement de l’institution régionale. Or, il se trouve que beaucoup de
régions européennes disposent d’institutions plus puissantes que les conseils
régionaux français. Dans certains États, note Michael Keating, la puissance
économique et politique des régions est telle qu’elles vont jusqu’à
« donner l’impression qu’elles disposent d’une politique extérieure propre
et contourner leur État-nation »[44].
Plusieurs régions sont très bien représentées à Bruxelles où elles ont des
réseaux d’influence puissants, un prestige et une notoriété fructueux et enfin
une connaissance aiguisée des subtilités de la mécanique européenne, également
profitable. Il s’agit pour elles d’un avantage comparatif et pour les autres,
telles que la Bretagne, d’un handicap relatif. Tout cela explique que les
Bretons puissent être attirés par une forme d’autonomie régionale et pourtant,
simultanément, ils semblent la redouter. Les
Bretons, dont nous connaissons le goût pour l’autonomie individuelle, redoutent
au moins autant l’autoritarisme des militants que celui de l’État. C’est l’un
des enseignements de mes travaux antérieurs : les autonomistes ont, à
leurs yeux, une réputation d’intolérance[45].
De plus, ils confondent fréquemment l’autonomie avec l’autarcie et craignent de
se retrouver, un jour, enfermés sur leur péninsule, entourés de barbelés et de
miradors, et incapables de trouver des acquéreurs pour leurs choux-fleurs ou
leurs crabes… Tout ceci explique, vraisemblablement, la faiblesse des résultats
électoraux des partis autonomistes ou séparatistes bretons. Pourtant,
un sondage récent montre que 42 % des Bretons se sentent « d’abord
appartenir à la Bretagne » avant d’« appartenir » à la France,
que plus de la moitié d’entre eux souhaitent que leur région dispose de plus de
pouvoirs et que 19 à 23 % d’entre eux[46]
se disent même favorables à l’indépendance[47].
Comment comprendre ce paradoxe ? Il semble que, pour l’instant, la
question bretonne relève surtout du registre de l’émotion et que la population
n’ait pas poussé très loin sa réflexion sur les questions institutionnelles. Conclusion
Avons-nous vraiment répondu
à la question de savoir ce qu’est une culture régionale ? Ce n’est pas
sûr, malheureusement. Du moins avons-nous constaté que le choix des mots
employés pour l’analyse est lourd de présupposés, que le cas de la Bretagne est
complexe et que son renouveau actuel est composite. De même a-t-on
vraisemblablement senti, tout au long de l’exposé, que des évolutions sont en
cours aujourd’hui en Bretagne qui, loin d’être simplement bretonnes, concernent
la France et même l’ensemble du monde. Elles posent une question simple et
essentielle : quel modèle nouveau inventer qui concilie la reconnaissance
de droits collectifs pour les minorités et la garantie des valeurs universelles
de la démocratie ? a)
[1] Par exemple, Flaubert écrit des Bretons qu’ils sont « une nationalité complète qui s’efface » in Flaubert, Gustave, Voyage en Bretagne. Par les champs et par les grèves, Paris, Éditions Complexe, 1989 (première édition en 1847), p. 193, tandis que Michelet évoque, dans son Tableau de la France, la volonté des Bretons de prolonger leur « nationalité » (in Michelet, Jules, Histoire de France, ii, Paris, Flammarion, 1879, p. 91). [2] « Ethnicisme » est un mot de création récente qui semble destiné à associer le régionalisme au racisme. [3] Green, Julien, Adrienne Mesurat, Paris, Plon, 1927. [4] Dugalès, Nathalie, « La représentation de la Bretagne et des Bretons par la presse française : étude comparée des journaux Libération et le Figaro », Les Cahiers du Cériem, n° 6, Université de Haute-Bretagne Rennes 2, décembre 2000, pp. 19-31. [5] Dugalès, Nathalie, op. cit., p. 25. [6] Idem, p. 26. [7] Idem, p. 28. [8] Idem, p. 30. [9] Cf. Hélias, Pierre Jakez, Le Cheval d’orgueil, Paris, Plon, Terre humaine, 1975, rééd. Presses Pocket 1982, pp. 230 à 244. Voir, en particulier, pp. 235 à 238, le passage relatif à la « vache », symbole honteux accroché au cou des enfants qui s’exprimaient en breton à l’école. Cf. également An Du, Claude, Histoire d’un interdit. Le breton à l’école, Lannion, Hor Yezh, 2000. [10] Cf. Le Berre, Annie, « Bretagne : terra incognita ? À propos d’une enquête sur la connaissance de la Bretagne dans une classe de première brestoise, année scolaire 1987-1988 », La Bretagne linguistique n° 5, Brest, 1989, pp. 197-218 et Le Coadic, Ronan, « Principaux résultats d’un sondage réalisé auprès des élèves du lycée de l’Élorn à Landerneau », Ar Falz, n° 82-83, 1er trimestre 1994, pp. 20-30. [11] « À qui profite l’argent de la culture ? », deuxième volet « Les régions s’émancipent », Télérama n° 2654 du 22 novembre 2000, p. 16. [12] Selon Benedict Anderson, la nation est « une communauté politique imaginaire, et imaginée comme intrinsèquement limitée et souveraine ». L’Imaginaire national. Réflexions sur l’origine et l’essor du nationalisme, Paris, La Découverte, 1996, p. 19. [13] Les Julots sont une classe de paysans léonards riches. Les koulaks locaux, en quelque sorte. [14] Siegfried, André, Tableau politique de la France de l’Ouest, Paris, Imprimerie nationale Éditions, 1995 (première édition : Armand Colin, 1913), pp. 251-252. [15] Patez, Fabrice, « La notion d’“identité culturelle” et les mouvements régionalistes français », Les Cahiers du Ceriem n° 7, juin 2001, Passages soulignés par l’auteur. [16] Idem. [17] Idem. [18] Cassard, Jean-Christophe, « Les Bretons et l’Empire carolingien », in Briard et alii, Histoire de la Bretagne et des pays celtiques, tome I, Des mégalithes aux cathédrales, Morlaix, Skol Vreizh, 1983, p. 148. [19] Ibid. [20] Siegfried, op. cit,
p. 177. [21] Cité par Tanguy, Bernard in « La langue bretonne au pays de Guérande », ArMen n° 25, février 1990, p. 20. [22] Siegfried, op. cit., p. 196. [23] Sod evel ur Gwenedad,
Brusk evel ur C’hernevad, Laer evel ul Leonard, Treitour evel un Tregeriad. [24] Madeg, Mikael, Surprenants surnoms bretons. Al lesanoiou brezoneg gwella, Morlaix, Le Télégramme Éditions, 1998, p. 163. [25] Idem, p. 165. [26] Lui-même originaire du Léon… [27] Idem, p. 173. [28] En particulier « La pratique du breton en 1997 », sondage de tmo-Régions pour Le Télégramme et France 3 Ouest, publié en partie dans Le Télégramme du 12-13 avril 1997, dernière page. [29] Selon l’enquête Éducation insee-ined 1992, dont les résultats ont été publiés dans Population et société en décembre 1993, le taux de transmission du breton est nul. Selon une approche un peu différente de l’insee, cependant, le taux de transmission serait de 3 %, « mais des petits enfants ont pu être élevés en breton par des francisants de naissance », écrit Laurent, Loeiz, in « La connaissance du breton », Octant n ° 56-57, mars 1994, p. 12. [30] Cf. Le Coadic, Ronan, « La persistance de certaines valeurs », in L’Identité bretonne, Rennes, les pur et Terre de Brume, 1997, pp. 405 à 414. [31] Anderson, Benedict, op. cit.,
p. 9. [32] Gellner, Ernest, Nations et nationalismes, Paris, Payot, 1989, p. 11. [33] Gellner, Ernest, op. cit., p. 88. [34] L’auteur du Barzaz Breiz, anthologie de la poésie populaire bretonne, publiée pour la première fois en 1839. [35] Le premier traducteur de la Bible en breton, dont le Nouveau testament a été publié en 1827 et l’Ancien Testament en 1866, le tout dans une langue qui « malgré toute sa perfection, n’était pas suffisamment intelligible par le peuple », selon le Docteur Dujardin, in La vie et les œuvres de J.-F.-M.-A. Le Gonidec, Brest, 1949, p. 198. [36] Auteur d’une monumentale Histoire de Bretagne. [37] Linguiste à l’œuvre considérable. « admiré par les uns pour sa constance, sa force d’âme et même son abnégation », explique Francis Favereau, « il est vertement décrié par d’autres pour son leadership durant la guerre aussi bien que pour son breton corseté ». In Littérature et écrivains bretonnants depuis 1945, Morlaix, Skol Vreizh, 1991, p. 6. [38] Où certains journalistes ont cru discerner la main de l’Opus dei. [39] L’édition de cette histoire en cinq volumes de Reynald Secher et René Le Honzec fut financée par le Club des Trente. Reprise par le quotidien régional Ouest-France, qui en publia une page par jour pendant des mois, elle a été vivement mise en cause par l’hebdomadaire Télérama, puis par Libération, parce qu’elle faisait le silence sur la Shoah. [40] Diwan, « germe », est une association créée pour scolariser les enfants en breton. Partie de rien en 1977, elle scolarise 6 500 élèves en 2001 et vient de signer son intégration à l’Éducation nationale. [41] Selon un entretien avec son directeur, Olier ar Mogn. [42] Sondage sur la pratique du breton réalisé auprès de 2 500 personnes par l’institut tmo Ouest en mars-avril 1997, pour Le Télégramme et France 3 Ouest. [43] Sondage sur la pratique du breton réalisé auprès de 1 000 personnes par l’institut tmo Ouest en décembre 1990, pour l’association Ar Skol Vrezoneg. [44] Keating, Michael, The Politics of Modern Europe, Second Edition, Cheltenham, UK, and Northampton, USA, Edward Elgar, 1999, p. 473. Je traduis. [45] Cf. Le Coadic, Ronan, « Le refus du djihad », in L’Identité bretonne, op. cit., pp. 341-351. [46] Selon qu’on comptabilise les résultats des quatre départements de la région administrative de Bretagne (19 %) ou ceux des cinq départements de la Bretagne historique (23 %), car la proportion de personnes se disant favorables à l’indépendance monte à 30 % en Loire-Atlantique. [47] csa, « Les Bretons, les habitants de Loire-Atlantique et la question régionale », sondage exclusif csa/Le Télégramme/Presse Océan, septembre 2000. | ||
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