| Contrastes bretons |
Communication aux journées d'études de IDEMEC "Qu'est-ce qu'une culture régionale aujourd'hui ?", Aix-en-Provence, Maison méditerranéenne des Sciences de l'Homme, 15 au 16 juin 2001, à paraître dans Ethnologie française en 2003. Le colloque auquel nous avons le plaisir de participer aujourd'hui vise à comprendre ce en quoi consiste de nos jours une culture régionale. " S'agit-il du maintien ou de la recréation de modes de vie et d'expressions culturelles ", s'interroge le texte d'orientation, " de la revendication ou de la recherche de racines, ou d'un combat pour le "droit des peuples à disposer d'eux-mêmes" ? " On pourrait également se demander s'il ne s'agit pas, en fait, d'un composé de ces trois éléments, chacun d'eux pouvant, lui-même, être composite… En ce qui concerne le cas breton, à tout le moins, il semble que la réalité à laquelle nous avons affaire est fort contrastée. Si, dans le monde pictural, l'ombre met les plans éclairés en valeur, n'en est-il pas de même dans le monde social ? Les sombres identités négatives, comme dans le diagramme chinois du yin-yang, ne révèlent-elles pas les lumineuses identités positives ? Parmi ces dernières, l'identité française, qui se considère rationnelle, libératrice et universelle, n'a-t-elle pas longtemps éprouvé le besoin, pour mieux briller, de se comparer à une altérité irrationnelle, oppressive et particulariste ? Cette dernière pouvait être extérieure (" nègre ", par exemple, voire, dans un autre registre, allemande ou anglaise) ou intérieure. L'ombre bretonne a constitué un échantillon de cette altérité intérieure de laquelle l'éclatante civilisation française parvenait à arracher le sauvage pour en faire un homme libre. À ce titre, l'archaïsme breton n'a-t-il pas joué un rôle aussi utile à l'identité française que, dans le diagramme du yin-yang, le point obscur de yin au sein du yang clair ? De ce contraste symbolique fondamental en découle un autre, à la fois épistémologique et politique : quel est l'enjeu des mots utilisés pour l'analyse ? Pourquoi convient-il de mener notre réflexion en termes de " culture " et de " région ", quels autres mots ou concepts ces termes laissent-ils dans l'ombre et pourquoi ? Et puis, ce sombre yin breton, que l'on présente souvent comme un tout homogène, n'est-il pas lui-même traversé de vifs contrastes, spatiaux autant que sociaux ? Enfin, la réactivation des spécificités " régionales " ne fait-elle pas également l'objet d'interprétations fort contrastées ? | ||
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