| Bretagne et tabou |
Communication prononcée au forum Le Monde – Le Mans le 25 octobre 2003 Existe-t-il un tabou
breton ? Voilà une question qui peut sembler singulièrement incongrue. En
quoi pourrait bien consister un tel « tabou » ? Quelles activités
ou quelles paroles pourraient donc être interdites aux Bretons ? Une telle
hypothèse paraît inconcevable. Pourtant, l'idée m'en est venue il y a dix ans,
alors que je procédais à une enquête dans un lycée public du Finistère sur la
pratique de la langue bretonne par les élèves et sur les sentiments que leur
inspirait leur bretonnité[1].
Je bénéficiais, pour mener cette étude, du soutien officiel de l'administration
de l'établissement, où j'enseignais, par ailleurs, les sciences économiques et
sociales. Mon enquête était donc parée de toute les apparences de sérieux des
démarches administratives officielles… Pourtant, lorsque je présentai le thème
de l'enquête dans les classes, je constatai que bon nombre d'élèves ne pouvaient
réprimer leur rire, que d'autres rougissaient et que seuls quelques « bons
élèves » du premier rang, ne se départant pas de leur calme, levaient la
main pour poser telle ou telle question technique. Cela me rappela immédiatement
le comportement de ma propre classe de collège lorsque, quelques années
auparavant, nous reçûmes un cours d'éducation sexuelle… Intrigué, je me demandai
s'il n'existerait pas un lien quelconque entre le refoulement sexuel et le
refoulement linguistique et identitaire de certains
Bretons. Au cours des années qui
suivirent, mes recherches ne firent que confirmer cette intuition initiale, que
je reformulai en termes de tabou, c'est-à-dire d'opposition impur-sacré,
d'interdits, de transgression, de loi du père et de sécurité du groupe…
Examinons, en premier lieu, ce qui alimente cette interprétation, à savoir, si
l'on peut dire, les « signes extérieurs de
tabou ». I.
Signes extérieurs de
tabou
A.
L'interdit
Au xxe siècle, et plus
particulièrement au cours des Trente Glorieuses, les Bretons s'interdisent toute
une série de comportements, qui leur paraissent relever de l'archaïsme. En fait,
ce sont tous les attributs de leur singularité qu'ils abandonnent ainsi, dans un
vaste mouvement d'imitation du modèle central français. Ils refoulent leur
langue maternelle, dont le nombre de locuteurs – évalué à environ un million
dans les années cinquante – diminue de 75 % en un demi-siècle. Ils couvrent
de crépi les façades en pierres de leurs maisons. Ils se débarrassent de leur
mobilier ancien, qui fait « plouc ». Ils ne veulent plus entendre
parler des danses traditionnelles. Ils abandonnent la pratique de leur religion.
Enfin, les agriculteurs tournent résolument le dos aux méthodes culturales de
papa et bouleversent radicalement les paysages ruraux, en procédant à un
remembrement frénétique des parcelles cultivées. Certes, tous ces changements
s'inscrivent dans le cadre d'une démarche générale de
« modernisation » de la France ; toutefois, dans le cas breton,
le changement social, particulièrement brutal et rapide[2],
s'accompagne d'un vif sentiment de honte de soi qu'évoque ce témoignage d'une
agricultrice âgée d'une quarantaine d'années. Quand j'étais à l'école,
petite, c'était presque la honte d'avoir un environnement comme on avait à la
maison. C'est-à-dire des parents qui bretonnaient, qui nous parlaient toujours
en breton. C'était… c'était vraiment… c'était nul, quoi ! Aux yeux de tout
le monde. Alors nous, on sentait ça comme un défaut. Et puis il fallait le
cacher. Donc on a vécu en prenant ça un petit peu comme si c'était un abcès
qu'il ne fallait surtout pas montrer. (…) [C'était] comme quelqu'un qui a une bosse dans le dos.
[C'était] un handicap[3]. À partir des années 1970,
cependant, alors que les Bretons sont largement assimilés, la plupart des
attributs de leur singularité sont réhabilités sous l'effet d'un double
phénomène. D'une part, les objets que le peuple des campagnes délaissait sont
détournés de leur sens initial par la bourgeoisie qui, les réutilisant, leur
confère une valeur nouvelle. D'autre part – et ce n'est pas sans lien[4]
–, un phénomène d'ethnic revival
(selon l'expression d'Anthony Smith) conduit, un peu partout en Europe et dans
le monde, à revaloriser les cultures minoritaires. Cet élan d'inversion
symbolique conduit à l'émergence de toute une série de mouvements de type
nationaliste, autonomiste ou régionaliste. Or, en Bretagne, il n'en est rien.
Certes, la Bretagne connaît une véritable effervescence ; cependant,
celle-ci n'a de traduction politique que pour quelques milliers de personnes,
qui ne parviennent pas à gagner la population à leurs vues. Donc, si l'on admet
l'hypothèse selon laquelle il existait un « tabou » breton, une
première facette de celui-ci – celle qui était liée au mode de vie et à la
culture – a en partie été levée à partir des années 1970, tandis que sa seconde
facette, politique, demeure pleinement. À part une minorité militante, en effet,
les Bretons, pourtant désormais prompts à se targuer de leur spécificité,
n'osent pas lui donner de dimension politique. Au-delà de ses différentes
facettes, cependant, quelle pourrait être l'origine d'un tel tabou ? Il
semble, en fait, que, de génération en génération, les Bretons aient associé une
image d'impureté à leur identité ; ce en quoi ils ont été un peu
aidés… B.
L'impur
Les Bretons ont longtemps été
perçus en France comme des sauvages, certes incorporés à la République, mais
inassimilables par elle en raison de leur arriération profonde. Balzac pensait
qu'ils étaient « dépourvus de combinaisons intellectuelles » et,
globalement, on les identifiait assez volontiers à des
porcs… Au xixe siècle, par exemple,
Flaubert parle du paysan breton qui va « retrouver sa galette de sarrasin
et sa jatte de bouillie de maïs cuite depuis huit jours dont il se nourrit toute
l'année, à côté des porcs qui rôdent sous la table et de la vache qui rumine là
sur son fumier, dans un coin de la même pièce[5] ».
Pour Victor Hugo, « Les Bretons ne comprennent rien à la Bretagne. Quelle
perle et quels pourceaux[6] ! »
Les maisons de Fougères sont d'« affreux bouges où les cochons vivent
pêle-mêle avec les Bretons… il faut avouer que les cochons sont bien
sales »[7].
« Depuis que je suis en Bretagne », écrit-il, « je suis dans
l'ordure. Pour se laver de la Bretagne, il faut bien l'océan. Cette grande
cuvette n'est qu'à la mesure de cette grande saleté[8]. » Au début du xxe siècle, un panneau était
apposé dans les écoles publiques de Bretagne, sur lequel il était écrit :
« Défense de cracher par terre et de parler breton ! ». C'était
l'époque à laquelle l'instituteur accrochait un symbole honteux – qu'on appelait
la « vache » (et non pas le porc !) – au cou des enfants qui
s'exprimaient en breton à l'école, comme le rapporte Pierre-Jakez Hélias dans
le Cheval d'Orgueil : La vache est souvent symbolisée
par un objet matériel, n'importe quoi : un galet de mer, un morceau de bois
ou d'ardoise que le coupable (!) doit porter en pendentif autour du cou au bout
d'une ficelle ; un sabot cassé, un os d'animal, un boulon que le maître
d'école remet au premier petit bretonnant qui lui offense ses oreilles de
fonctionnaire avec son jargon de truandaille. Le détenteur de la vache n'a de
cesse qu'il n'ait surpris un de ses camarades en train de parler breton pour lui
refiler l'objet. Le second vachard, à son tour, se démène de son mieux pour se
débarrasser du gage entre les mains d'un troisième et ainsi de suite jusqu'au
soir, le dernier détenteur écopant de la punition. Certains maîtres engagent
même les enfants à se dénoncer mutuellement, bien qu'ils enseignent dans leur
classe qu'il est très vilain de « rapporter ». Mais la règle ne vaut
pas pour le délit de bretonniser. Comprenne qui pourra[9]. Voici le témoignage d'une
institutrice retraitée sur la méthode d'enseignement de sa propre institutrice
dans les années 1925 à 1932 dans le canton de Bourbriac
(Côtes-d'Armor) : Il y
avait, à gauche de la classe, les tableaux de lecture et, à droite, un autre
tableau, sur lequel il y avait deux dessins : d'un côté, un Breton en
costume traditionnel, mais pas du coin, [portant] bragoù bras[10] et botoù koad[11], et, de l'autre, un cochon. Sous le Breton,
[l'institutrice] écrivait le nom des enfants qui avaient parlé breton et sous le
cochon, le nom de ceux qui étaient sales. Nous pensions BRETON = COCHON[12]. Quelques années plus tard, en
1939, un film de Pierre Caron retrace les aventures de Bécassine, la fameuse
bonne à tout faire bretonne. L'affiche du film représente l'héroïne dansant avec
un goret. Cependant, la comparaison avec les suidés ne s'arrête pas là. Après
guerre et – au moins – jusque dans les années 1970, les écoliers de France
fredonnaient parfois une chansonnette en cour de récréation, qui disait
notamment : « Les pommes de terre pour les cochons, les épluchures
pour les Bretons ». Beaucoup plus récemment, le 20 septembre 1992, le
président du groupe rpr au Sénat,
Charles Pasqua, ancien ministre d'État, agacé du vote très européen des Bretons
au référendum en vue de la ratification du traité de Maastricht[13],
chantonne, le soir des résultats : « Les Bretons, c'est comme les
cochons, plus ça devient vieux, plus ça devient con[14]. »
De même, au milieu des années 1990, lors d'un entretien, la fille de la personne
que j'interviewe s'indigne : « Je suis allée à Eurodisney il n'y a pas
longtemps ; il y a des gens qui me demandent comme ça : “Vous êtes
d'où ?” “– Des Côtes-d'Armor.” Et il y en a un qui dit : “Côtes de
porc !”… » Enfin, de nos jours, quand Charlie Hebdo se moque des Bretons, l'attribut qu'il leur associe
généralement est le porc[15]…
Bref, le porc semble être le totem des Bretons ! C.
La
transgression
Le porc est le symbole des
tendances obscures, de l'ignorance, de la luxure et de l'égoïsme ; et il me
semble que, même si les Bretons ne se considèrent évidemment pas tous comme des
porcs, ils ont néanmoins été marqués par l'image négative qui a été diffusée
d'eux-mêmes. Ils ont longtemps associé – et c'est toujours le cas aujourd'hui
dans certains milieux – leur singularité à quelque chose de sale, voire
d'obscène. Pour Jean-Jacques Kress, psychiatre alsacien exerçant à l'hôpital de
Brest, la honte de la langue maternelle a « partie liée avec la sexualité
dans ses avatars prégénitaux et génitaux en tant qu'elle succombe au
refoulement ; la honte est en rapport avec le retour du refoulé, elle en
est une trace affective. Dans la question qui nous occupe, tout se passe comme
si la langue d'origine se trouvait marquée par cette connotation sexuelle, ce
qui impose de la faire disparaître[16]. » Toutefois, l'obscurité
bretonne au xixe siècle
– époque à laquelle beaucoup des clichés relatifs à la Bretagne se sont
cristallisés – ne se réduisait pas à l'obscénité de la jouissance linguistique.
Elle avait également une dimension politique : assimilant un peu vite la
Bretagne à la guerre de Vendée, des auteurs, parmi les plus prestigieux,
voyaient chez les Bretons qui persistaient dans leur mode de vie un peu étrange
les adversaires du progrès, de la raison, de la Révolution et des Lumières[17]…
C'est ce qui a pu faire écrire à Victor Hugo qu'« en démontrant la
nécessité de trouer dans tous les sens la vieille ombre bretonne et de percer
cette broussaille de toutes les flèches de la lumière à la fois, la Vendée a
servi le progrès[18] »
ou à Balzac que : « Entouré de lumières dont la bienfaisante chaleur
ne l'atteint pas, ce pays ressemble à un charbon glacé qui resterait obscur et
noir au sein d'un brillant foyer[19]. »
Par-delà l'opposition de langue entre le breton, « instrument barbare [des]
pensées superstitieuses » et le français, chargé « de transmettre au
monde les plus sublimes pensées de la liberté »[20],
se trouve l'opposition entre le progrès et la superstition, entre la
civilisation et la barbarie, entre l'homme libre et la bête
humaine. Peut-être l'une des
explications fondamentales de la faiblesse du mouvement politique breton
réside-t-elle dans le fait que les Bretons redoutent d'éveiller le démon – ou le
cochon – qui sommeille en eux ? Ayant parfaitement assimilé le message de
l'école républicaine, qu'ils fréquentent particulièrement assidûment, ils
craindraient que croquer la pomme du patriotisme breton ne les ramène à leur
état de barbarie antérieur, à la sauvagerie d'où les a extraits la
francisation ? Ils risqueraient, en effet, ainsi de chuter du paradis
lumineux de la civilisation française vers « la vieille ombre bretonne[21] ». II.
Tabou breton ou tabou
d'État ?
A.
La loi du
père
Nous avons évoqué, jusqu'à
présent, l'impur, l'interdit et la transgression. Or, ces « signes
extérieurs de tabou » semblent en partie liés à l'image du père. D'une
part, en effet, ils ont largement été transmis par le maître d'école, figure
d'autorité qui évoque l'ancien pater familias, dont la parole est incontestable, comme en témoigne
cette réflexion amusante de Jakez Hélias enfant, dans le Cheval
d'orgueil : Les serviteurs de Dieu et de la
République sont donc nos maîtres, les seuls devant lesquels il faille se
découvrir quand on les rencontre n'importe où. Les Blancs reconnaissent d'abord
les premiers sans contestation aucune. Nous, les Rouges, nous devons être les
disciples fidèles des seconds[22]. D'autre part, et surtout,
l'État républicain lui-même, que ce tabou protège, est longtemps perçu par les
Bretons comme une sorte de lointain père nourricier. C'est, selon André
Siegfried, « le Deus ex machina, dont l'intervention souveraine est sollicitée dès que
quelque difficulté menace ; c'est le dispensateur de la manne des
subventions et des secours, c'est l'arbitre qu'on appelle au moindre conflit,
c'est le protecteur riche et puissant, qui apporte l'argent dont on a besoin[23] ».
Ce rapport à l'État est-il, d'ailleurs, propre aux Bretons ? Selon Bruno
Étienne : Le citoyen est l'Homme d'un
seul État – la République une et indivisible – (…) il partage un patrimoine commun : le Panthéon, les
dieux, les temples, la Loi, l'État, la langue qui synthétise la culture, le sol,
le sang, la terre et les morts ; un État-Père, une patrie et une
Nation-Mère, une matrie, nourrie du sang impur de ses ennemis. Donc croire et
parler sont les deux marqueurs primordiaux de l'allégeance politique. La parole
et la foi sont les deux instruments du gouvernement légitime qui se présente
comme naturel et non idéologique[24]. Finalement, l'État
républicain représente-t-il seulement le père ? Ne serait-il pas Dieu le
père ? B.
Le
sacré
André Siegfried parle du
rapport des Bretons du Trégor[25]
à la République – mais son propos vaut pour d'autres Bretons : « ils
n'aiment pas les prêtres ; quand ils les quittent, c'est pour se jeter
violemment dans le parti contraire. Mais même alors, ils sont religieusement
républicains, religieusement anticléricaux[26] ». Sans aller toujours jusqu'à
cette ferveur, la république en France évoque néanmoins parfois une religion, et
ce d'une façon assez frappante. Si l'on se livre à une comparaison rapide (qui
n'est d'ailleurs pas nouvelle[27]),
l'État souverain — non dépourvu de réminiscences monarchiques — hypostasié et
sacralisé, en est le dieu. Son dogme est celui de l'unité et de
l'indivisibilité. Sa foi porte sur la grandeur de la France, dont la vocation
est universelle. Son événement fondateur est la révolution française, « à
vrai dire la seule » révolution qu'ait connue l'humanité[28],
de laquelle tout découle et dont le culte est sans cesse ravivé. Son sacrifice
expiatoire est la décapitation de Louis xvi. Sa doctrine s'exprime dans la
laïcité, que chacun doit intérioriser. Enfin, si l'on pousse la comparaison
jusqu'au bout, cette religion est servie par un clergé, les instituteurs, et
glorifiée par des martyrs, les conscrits de la République. Pour Claude Nicolet,
en effet… Il faut bien admettre une
ressemblance, ou une contamination, assez troublante ; ces aventures de la
temporalité, ces transferts et ces correspondances entre l'ordre du monde et
celui des consciences, ce recours obstiné aux métaphores de la vie spirituelle,
rappellent dangereusement un air connu : celui de la Religion. La
République emprunte au sacré, voire au divin, ses mots, et peut-être plus que
ses mots. Ce n'est pour surprendre ni les républicains ni les historiens. À
toute une lignée des premiers, l'Être suprême a longtemps paru nécessaire.
Ceux-là mêmes qui ont nié et détrôné Dieu ont voulu — c'est bien connu —
instaurer un « culte » révolutionnaire, utiliser au profit de la
République les signes extérieurs d'un rituel. Pour d'autres, la République
elle-même, sous la double espèce de la Patrie puis de l'Humanité, devient le
sacré lui-même. Il n'est pas jusqu'aux attributs juridiques que les
constitutions lui assignent — « une, indivisible, souveraine,
imprescriptible » — qui ne témoignent de cette invincible aspiration à
l'absolu. Après quinze siècles de catholicité toute-puissante, on ne fait pas
facilement sa part à la religion[29]. La République française —
pour partie parce qu'elle s'est largement forgée dans l'opposition à « la
catholicité toute-puissante » —, présenterait donc, en creux, une dimension
religieuse[30]. C.
La sécurisation
immunitaire
Ainsi, des comportements
impurs seraient-ils prohibés au nom d'une sorte de Père sacré et la
transgression ferait-elle chuter les coupables de la civilisation vers la
barbarie… Mais qu'est-ce donc qui pourrait donner vigueur à un tel
« tabou » ? Les mêmes éléments qui donnent, d'après Émile
Durkheim, leur force aux religions. À savoir, d'une part, le fait que celles-ci
relèvent, selon lui, d'une transcendantalisation du sentiment collectif :
« dieu et la société ne font qu'un »[31].
Et, d'autre part, le fait que les religions préservent la société des périls qui
la guettent ; Durkheim montre, à cet égard, « l'immunité des
catholiques et surtout des juifs » face au suicide[32] :
les religions fondées sur une tradition indiscutée fourniraient à leurs membres
une véritable sécurité émotionnelle. En revanche, d'après lui,
« l'affaiblissement progressif des préjugés collectifs et coutumiers
incline au suicide » ; d'où le fort suicide des protestants, qui
admettent le libre examen des textes sacrés[33]. Donc, selon moi, le rôle de
ce tabou auquel je fais allusion serait d'éviter toute mise en cause des
« préjugés collectifs et coutumiers » de nature à affaiblir le groupe.
Car, si l'on en croit Tocqueville, « pour qu'il y ait société, et, à plus
forte raison pour que cette société prospère, il faut que tous les esprits des
citoyens soient toujours rassemblés et tenus ensemble par quelques idées
principales ; et cela ne saurait être, à moins que chacun d'eux ne vienne
quelquefois puiser ses opinions à une même source et ne consente à recevoir un
certain nombre de croyances toutes faites[34]. »
Parmi les « idées principales » et les « croyances toutes
faites » qui soudent les Français se trouvent la conviction que, d'une
part, leur nation – entièrement fondée sur une volonté partagée (et non sur une
culture) – a un rôle messianique à jouer et que, d'autre part, la République
française « une et indivisible » est égalitaire parce que,
indifférente à la différence, elle est universaliste et ne reconnaît que des
citoyens, tous égaux. Cependant, la conception française de la république
« s'élève à la dimension d'un mythe » selon Odile Rudelle, lequel
« fonde l'identité d'un groupe qui y a recours pour l'éducation de ses
membres ou les fêtes qu'il organise. Si bien que le mythe est le récit des
origines qui dessine le cercle de fraternité qui existe entre les membres du
groupe »[35]. Envisager, ne serait-ce qu'un
instant, que la dérisoire[36]
singularité bretonne puisse éventuellement ne relever ni du folklore ni de
l'extrémisme (ou non seulement d'eux) mais d'un questionnement théorique et
politique sur les fondements de la nation et de la république induirait
nécessairement une part de doute à propos de ces grandes idées françaises et de
leur caractère fondamental de « récit des
origines ». Peut-on, en premier lieu,
imaginer que la nation française ne soit pas fondée sur les principes que la
France proclame à la face du monde ? Que, loin d'être uniquement fondée sur
une volonté partagée, elle repose en réalité largement sur une culture commune,
forgée et imposée par le pouvoir d'État ? Peut-on concevoir, en second
lieu, que l'indifférence à la différence et le refus affiché par la République
française de reconnaître l'existence de minorités sur son territoire, loin de
garantir l'égalité, soient des facteurs de discrimination parce que la
République n'est pas, elle-même, culturellement neutre ? L'universalisme
abstrait serait alors une duperie[37].
Ce serait impensable et indicible. Bref, ce serait tabou… Certes, la réalité est
moins figée que ce que je semble laisser entendre et l'actualité conduit souvent
à questionner les valeurs de la nation ou de la république ; cependant, en
France, sur cette question, la vigueur des passions et la certitude d'avoir
raison sont tels que le débat intellectuel est parfois
limité. III.
La fin du
tabou ?
À la fin des années 1990,
deux tendances se dessinaient, qui m'ont amené à penser, que l'on se dirigeait
vers une levée du tabou d'État : d'une part, l'évolution des mentalités qui
se dessinait sur ces questions et, d'autre part, un changement d'horizon, qui
devenait de plus en plus manifeste. A.
Évolution des
mentalités
Depuis les années 1990, la
Bretagne fait preuve d'un vif dynamisme culturel qui rencontre un écho favorable
bien au-delà de la péninsule. La musique bretonne connaît un véritable succès et
des albums « bretons » ou « celtiques » figurent tous les
mois au classement établi par l'IFOP des vingt-cinq albums les plus vendus en
France. Les festoù-noz[38] sont fréquentés par un public important. Les festivals
bretons sont parmi les plus fréquentés d'Europe (attirant chaque année environ
500 000 personnes au Festival Interceltique de Lorient et 150 000
personnes au festival des Vieilles Charrues, à Carhaix). Le monde associatif
breton est en constante ébullition. Enfin, l'enseignement du breton se développe
et, surtout, le rapport des Bretons à leur langue s'est profondément réévalué.
Ainsi 80 % des Bretons se disent-ils favorables à l'enseignement de la
langue bretonne[39].
Cela s'inscrit dans un mouvement d'ensemble : au fil des décennies,
l'appréciation des cultures régionales par les Français évolue en profondeur et
les langues régionales, jadis considérées comme des « patois » ne
méritant que de disparaître, bénéficient désormais d'un réel regain de
faveur : selon un sondage réalisé par l'IFOP en 1999, 78 % des
Français se disent à présent favorables à la reconnaissance des langues
régionales[40]. Par ailleurs, les relations
entre les principes démocratiques et les revendications des minorités font
l'objet, depuis une vingtaine d'années, d'un débat philosophique de haut niveau
dans les pays anglo-saxons, dont on aurait pu penser qu'il finirait par avoir un
certain retentissement en France et qu'il contribuerait, donc, à renforcer
l'évolution des mentalités déjà en cours. Ce débat, qui met aux prises – ou
plutôt mettait aux prises, car il tire à sa fin – les
Liberals, ou « libéraux »
(au sens anglo-saxon du terme), et les Communitarians, ou « communautariens » (qui ne sont pas ce
qu'on appelle en France des « communautaristes »), a abouti à une
relative convergence de vues en faveur d'une plus grande reconnaissance des
droits minoritaires. Peu de gens pensent toujours qu'il faut faire preuve
d'« indifférence à la différence » et, comme l'explique Will Kymlicka,
dorénavant « la charge de la preuve a été
transférée » : Il n'appartient plus désormais
seulement aux partisans des droits minoritaires de montrer que les réformes
qu'ils proposent n'instaureront pas d'injustices ; il appartient également
aux partisans des institutions « indifférentes à la différence » de
montrer que le statu quo n'est pas
injuste pour les groupes minoritaires[41]. Ce débat, qui aboutit un
relatif consensus dans les pays anglo-saxons, s'accompagne, explique Kymlicka,
d'une « tendance, dans les démocraties occidentales à la plus grande
reconnaissance des droits minoritaires, soit sous la forme d'un
multiculturalisme résultant de l'immigration, soit sous celle d'une autonomie
gouvernementale pour les minorités nationales »[42].
La tendance concerne, selon lui, « quasiment toutes les démocraties
occidentales », à l'exception de la France. Mais on aurait pu s'attendre à
ce que la France s'ouvre à ce débat, compte tenu du changement d'horizon qui est
en train de se produire depuis quelques années. B.
Changement
d'horizon
Un changement d'horizon à
plusieurs facettes est en cours. En premier lieu, l'État
français apparaît nettement moins
« divin » que par le passé. D'une part, parce qu'il n'est plus
« tout puissant ». On sait depuis l'échec de la relance économique de
1982 qu'il ne peut plus mener une politique économique tout seul. De plus, il a
consenti d'importants transferts de souveraineté à la Communauté européenne, qui
ne font probablement que commencer. En outre, la puissance des grandes firmes
transnationales lui porte ombrage, ainsi qu'aux autres États. D'autre part,
l'État paraît moins « sacré » : la multiplication récente des
« affaires » mettant en cause l'honnêteté de membres de la classe
politique française et la propagation de l'idée selon laquelle l'État ne
parvient plus à faire régner l'ordre sur la totalité de son territoire minent
son prestige et sa sacralité. En deuxième lieu,
l'horizon vécu des Français
s'élargit au-delà des frontières françaises. Ils voyagent pour leurs loisirs,
vont étudier à l'étranger, en particulier en Europe ; ils peuvent donc
découvrir concrètement d'autres modes de vie que le leur et d'autres modèles de
société que le modèle français. Or, les pays européens accordent pratiquement
tous une certaine forme d'autonomie à leurs régions, ce qui pourrait donner des
idées aux jeunes Français en déplacement. En troisième lieu,
l'horizon pensé s'étend plus que
jamais au monde entier. On voit apparaître, en France comme ailleurs, une
véritable conscience planétaire. Tous les grands enjeux contemporains – qu'ils
concernent l'écologie, l'économie, la protection sociale, la sécurité ou la
culture – sont désormais ressentis comme globaux et non plus simplement
nationaux. La vie quotidienne le rappelle sans cesse, que ce soit par les
délocalisations d'entreprises, les crises agricoles, les diverses formes de
pollution de l'environnement, les phénomènes migratoires incontrôlés ou les
nouvelles formes de luttes sociales. Cette extension de l'horizon
de pensée et de vie me semblait, il y a quelques années, de nature à aller dans
le sens d'une levée du tabou d'État. Or, il semble que l'on se dirige plutôt
aujourd'hui vers un retour à l'autorité. C.
Retour à
l'autorité
Sauf dans le
domaine de la vie privée, en effet, on observe depuis quelques années un retour
général des Français aux valeurs traditionnelles d'ordre et d'autorité. Cela
apparaît dans de nombreuses enquêtes. Ainsi, dès 2000, les résultats français de
la troisième enquête européenne sur les valeurs montrent que la proportion de
personnes qui considèrent qu´il faudrait « respecter davantage
l´autorité » est passée de 60 % en 1981 à 69 % en 1999,
l'évolution étant particulièrement nette chez les jeunes de 18 à 26 ans,
chez qui on passe de 41 % de réponses favorables à l'autorité en 1981 à
61 % en 1999[43]. Depuis lors, la
tendance s'est renforcée et divers sondages récents montrent, par exemple, que
la proportion de Français qui considèrent que les « juges sont trop
indulgents à l'égard des petits délinquants » est passée de 40 % à
72 % entre 1997 et 2002 ou que la part des Français qui pensent
que « l'école devrait donner avant tout le sens de la discipline et de
l'effort » est passée de 51 % à 65 % aux mêmes dates[44]. Ce retour aux
valeurs traditionnelles et à l'État-nation se rencontre également dans le monde
politique, qu'il soit de gauche ou de droite. D'une part, la gauche se regroupe
autour des « valeurs républicaines », du rôle de l'État et d'un refus
nouveau de la décentralisation – voire, peut-être, de l'Europe. De l'autre, la
droite met en cause l'esprit de mai 1968 et le laxisme et vante le goût de
l'effort. Enfin, gauche et droite se retrouvent dans un consensus en faveur
d'une laïcité non seulement réaffirmée mais renforcée, dans le refus du
« communautarisme », la lutte contre l'immigration clandestine et la
lutte contre l'insécurité. Comment
analyser cette tendance générale ? Il est difficile de l'expliquer en deux
mots. Pour certains, il s'agirait tout simplement d'un phénomène cyclique. Telle
est, par exemple, l'opinion d'un chef d'entreprise que j'ai interviewé l'an
dernier. Sur une période longue, l'État
joue son rôle, avec des moments de plus ou moins grande fermeté ou de plus ou
moins grand laisser-aller. Là, je pense qu'on va assister à un retour de
balancier dans les deux, trois ans qui viennent, avec une plus grande fermeté,
parce qu'il me semble que les deux ou trois dernières années, on était parti sur
un plus grand laisser-aller. Donc, faudrait-il renforcer l'autorité de
l'État ? La réponse, aujourd'hui, c'est oui, mais si vous me posez la
question dans deux ou trois ans, ce sera peut-être non. Mais aujourd'hui, ce
serait plutôt oui[45]. On peut penser
également – et c'est mon hypothèse – que le retour à l'État, à l'autorité et aux
valeurs traditionnelles est dû à de la peur. Peur des difficultés économiques et
sociales, de la mondialisation, des suites du 11 septembre et, plus
largement, peur de la nouveauté. Face à un monde qui semble changer très
rapidement et prendre des directions inconnues et menaçantes, le choix des
Français serait de se tourner vers les valeurs du passé, parfois un peu
enjolivées. Tout cela serait plutôt favorable au maintien, voire à un
raffermissement – au moins provisoire – des tabous. Conclusion
Que pourrait être,
éventuellement, une levée de ce « tabou d'État » que j'ai
évoqué ? En premier lieu, elle pourrait consister à considérer que les
questions d'identités ou de minorités ne sont pas une menace pour la démocratie
et les valeurs universalistes mais un défi qui leur est lancé. En effet,
contrairement à une opinion très largement diffusée, le communautarisme –
c'est-à-dire l'idée selon laquelle il serait souhaitable et possible d'assurer
la coexistence de communautés séparées au sein d'un même espace politique sous
l'autorité d'un pouvoir plus ou moins lointain – est extrêmement peu répandu en
France et dans l'ensemble des pays occidentaux. La plupart des groupes
ethnoculturels ne veulent, en effet, nullement mettre en cause les principes
démocratiques mais se les voir appliquer à eux-mêmes ! Ils considèrent que
les États et les institutions théoriquement neutres qui sont chargés de garantir
l'égalité des citoyens ne sont en fait pas neutres mais juges et parties. Comme
l'explique Charles Taylor : « Le reproche est que l'ensemble
prétendument neutre de principes de dignité politique aveugles aux différences
est, en fait, le reflet d'une culture hégémonique. (…) Par conséquent, la société prétendument généreuse et
aveugle aux différences est non seulement inhumaine (parce qu'elle supprime les
identités) mais aussi hautement discriminatoire par elle-même, d'une façon
subtile et inconsciente[46]. » Donc, lever le tabou
consisterait à envisager qu'il existe des minorités en France, ce qui est
aujourd'hui impensable. Ainsi, le gouvernement français a-t-il refusé de signer
l'article 27 du Pacte international de l'ONU relatif aux droits civils et
politiques[47],
qui protège les minorités[48],
tout simplement parce qu'officiellement, il n'existe pas de minorités en
France[49].
Ensuite, lever le tabou, ce serait reconnaître ces minorités et leur accorder
des droits qui leur permettent d'affirmer leur identité non pas dans la simple
perspective de préserver un patrimoine culturel passé mais dans celle de bâtir
un avenir commun, en rapprochant les lieux de décision de la population. On voit
bien que, d'une part, c'est véritablement de démocratie qu'il s'agit et que,
d'autre part, nous sommes là très éloignés de la tradition française et de son
actuel retour de flamme… [1] Le Coadic, Ronan, « Principaux résultats d'un sondage réalisé auprès des élèves du lycée de l'Élorn à Landerneau », Ar Falz, n° 82-83, 1er trimestre 1994, pp. 20-30. [2] Selon les auteurs d'un rapport récent sur les raisons du niveau exceptionnellement élevé du suicide en Bretagne dans les années 2000, la brutalité du changement social survenu dans les décennies passées aurait généré chez les Bretons un « sentiment d'incertitude et d'insécurité » qui serait à l'origine de la vive augmentation du suicide dans la péninsule. Cf. Barbançon, Yannick (dir.) La sursuicidité en Bretagne. Contribution à une explication socio-culturelle. Recherche multidisciplinaire. Mutualité Française Bretagne, novembre 2002. [3] Aline, agricultrice née en 1961, in Le Coadic, Ronan, L'Identité bretonne, Rennes, Presses universitaires de Rennes et Terre de Brume, 1998, p. 197. [4] Dans la mesure où l'initiative en revient aux élites culturelles des minorités et non aux milieux populaires. [5] Flaubert, Gustave, Voyage en Bretagne, Par les champs et par les grèves, présentation par Maurice Nadeau, Paris, Éditions Complexe, 1989, pp. 197-198. [6] Lettre de Victor Hugo à Louis Boulanger, citée in Balcou, Jean et Le Gallo, Yves, Histoire littéraire et culturelle de la Bretagne, Paris-Genève, Champion-Slatkine, 1987, tome II, p. 13. [7] Hugo, Victor, En voyage, œuvres complètes, tome II, p. 52, cité in Corbel, Pierre, La figure du Gallo, thèse pour le doctorat de troisième cycle de sociologie, Université de Paris-x Nanterre, 1984, tome III, p. 39. [8] Lettre de Victor Hugo écrite le 25 juin 1836 de Saint-Malo, citée par A. Dupouy, Michelet en Bretagne, Journal d'août 1831, Paris, Horizons de France, 1947, pp. 152-153. [9] Hélias, Pierre Jakez, Le Cheval d'orgueil, Paris, Plon, Terre humaine/Poche, 1975, réédition de 1982. [10] Pantalon bouffant caractéristique du costume traditionnel masculin de Cornouaille. [11] Sabots de bois. [12] An Du, Klaoda, Histoire d'un interdit, le breton à l'école, Lesneven, 1992, Hor Yezh, p. 38. [13] 59,85 % de « oui » en Bretagne, pour une moyenne française de seulement 51,01 % des suffrages exprimés. [14] Cojean, Annick, « Un “oui” breton et massif », Le Monde, 1er octobre 1992, pp. 1 et 10. [15] De même, Claude Allègre, ancien ministre de l'éducation de Lionel Jospin, apprenant en mai 2001 que son successeur, Jack Lang, va signer une convention d'intégration des écoles Diwan à l'enseignement public, aurait déclaré pour marquer sa désapprobation qu'« il est plus utile de former des informaticiens en anglais que des porchers en breton ». Du moins est-ce ainsi que ses propos ont été rapportés par Jean-Yves Le Drian, président du groupe socialiste au Conseil régional de Bretagne, dans Marianne n ° 216, 11 juin 2001, p. 36. Il semble, cependant, que Claude Allègre ait en réalité parlé de « bergers » et non pas de « porchers »… [16] Kress, Jean-Jacques, « Changement de langue et traumatisme psychique », Psychologie médicale, 1984, 16, 8, pp. 1369-1373. [17] Ce qui – est-il besoin de le préciser ? – relève de l'ethnocentrisme, ainsi que d'une profonde méconnaissance de la réalité locale. C'est en effet dans la région de Bretagne la plus fidèle à sa langue et à ses spécificités culturelles que le progressisme politique est le plus vif. Cf. Le Coadic, Ronan, Campagnes rouges de Bretagne, Morlaix, Skol Vreizh, 1991. [18] Hugo, Victor, Quatrevingt-treize, préface d'Yves Gohin, Paris, Gallimard, 1979, p. 251. [19] Balzac, Honoré de, Les Chouans, Paris, Gallimard 1972, pp. 39-40. [20] Citations extraites du Rapport et projet de décret, présentés au nom du Comité de salut public sur les idiomes étrangers et l'enseignement de la langue française par Bertrand Barère, 1 791. [21] Hugo, Victor, Quatrevingt-treize, op. cit., p. 251. [22] Hélias, Le Cheval d'orgueil, op. cit., p. 229. [23] Siegried, André, Tableau politique de la France de l'Ouest, Présentation Pierre Milza, Paris, Imprimerie Nationale Éditions, 1995, p. 292. [24] Étienne, Bruno, Une Grenade entrouverte, Paris, Éditions de l'Aube, 1999, p. 112. [25] Région de l'est du Finistère et de l'ouest des Côtes-d'Armor. [26] Siegfried, André, Tableau politique de la France de l'Ouest, op. cit., p. 221. [27] Ernest Renan parlait déjà d'« Église jacobine ». [28] D'après Nicolet, Claude, L'idée républicaine en France (1789-1924), Paris, Gallimard, 1994, p. 497. [29] Nicolet, Claude, L'idée républicaine en France, op. cit., pp. 498-499. [30] Il n'est pas anodin de noter qu'il en est de même du nationalisme. « Le xviiie siècle ouest-européen marque l'aube de l'âge du nationalisme, mais aussi le crépuscule des formes de pensée religieuses », note en effet Benedict Anderson, selon qui, « pour comprendre le nationalisme, il faut l'aligner non sur des idéologies politiques que l'on embrasse en connaissance de cause, mais sur les systèmes culturels qui l'ont précédé, au sein desquels — ou contre lesquels — il est apparu. » (Anderson, Benedict, L'imaginaire national. Réflexions sur l'origine et l'essor du nationalisme, Paris, La Découverte, 1996, pp. 25-26). [31] Durkheim, Émile, Les Formes élémentaires de la pensée religieuse, Paris, 1912, p. 295. [32] Durkheim, Émile, Le suicide. Étude de sociologie, Paris, PUF, 1986 (première édition, 1897), pages 149 à 160. [33] Durkheim, Émile, Le suicide, op. cit., p. 162. [34] Tocqueville, Alexis de, De la démocratie en Amérique, Il, Ed. UGE, « 10/18 ». [35] Rudelle, Odile, « La République aujourd'hui, mythe ou processus », Les Cahiers du CEVIPOF, n° 16, mai 1997, consultable sur le site du CEVIPOF à l'adresse www.cevipof.msh-paris.fr/publications/cahier16.htm#top [36] « Est dérisoire aux yeux de l'Autre, c'est-à-dire futile et sans conséquence, cela même qu'il a contribué à futiliser mais dont il sent que la menace ne pèse pas encore sur lui », écrit Edouard Glissant dans Le Discours antillais, Paris, Éditions du Seuil, 1981, p. 55. [37] « L'universel abstrait nous défigure » écrit Glissant. Cf. Le Discours antillais, op. cit., p. 14. [38] « Fêtes de nuit » traditionnelles adaptées au goût du jour. [39] Selon un sondage sur la pratique du breton réalisé auprès de 2 500 personnes par l'institut tmo Ouest en mars-avril 1997, pour Le Télégramme et France 3 Ouest, publié dans Le Télégramme du 12 au 13 avril 1997, en dernière page. [40] Sondage réalisé par l'IFOP les 25 et 26 juin 1999 par téléphone selon la méthode des quotas auprès de 944 personnes et publié dans VSD le 1er juillet 1999. [41] Kymlicka, Will, « Les droits des minorités et le multiculturalisme : l'évolution du débat anglo-américain », in Kymlicka, Will et Mesure, Sylvie (dir.), Comprendre les identités culturelles, Paris, Puf, 2000, pages 159-160. [42] Kymlicka, idem, p. 158. [43] Bréchon, Pierre et Schweisguth, Etienne, « Les Français sont de plus en plus attachés à la liberté privée et à l´ordre public », Le Monde, 16 novembre 2000. [44] D'après une enquête réalisée par la Sofres les 23 et 24 janvier 2002 pour La Fondation Jean-Jaurès et le Nouvel Observateur auprès d'un échantillon national de 1 000 personnes, représentatif de l'ensemble de la population âgée de 18 ans et plus. Méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de ménage PCS) et stratification par région et catégorie d'agglomération. [45] Jacques, chef d'entreprise né en 1955, Ille-et-Vilaine. Entretien inédit mené en 2002. [46] Taylor, Charles, Multiculturalisme. Différence et démocratie, Paris, Flammarion, 1994, p. 63. [47] Résolution 2 200 A (xxi) de l'Assemblée Générale des Nations Unies du 16 décembre 1966. [48] Cet article stipule que : « Dans les États où il existe des minorités ethniques, religieuses ou linguistiques, les personnes appartenant à ces minorités ne peuvent être privées du droit d'avoir, en commun avec les autres membres de leur groupe, leur propre vie culturelle, de professer et de pratiquer leur propre religion, ou d'employer leur propre langue. » [49] Le juriste Guy Carcassonne se félicite de cette décision en ces termes : « Toutes les nations n'ont pas la même histoire. Il faut donc à la fois se résigner à ce que certaines d'entre elles recherchent dans le droit des minorités la garantie d'une égalité réelle, et se réjouir que la France n'en ait pas besoin. » (Carcassone, Guy, « Égalité devant la loi », in La Déclaration universelle des droits de l'homme, textes rassemblés par Mario Bettati et alii, Paris, Gallimard, 1998, p. 57). |
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