Anjela aujourd'hui (1/4)  
njela Duval aujourd’hui

Anjela Duval aujourd’hui

Ronan Le Coadic*

 

 

Si la littérature bretonne d’expression française bénéficie de la renommée d’auteurs prestigieux tels que Chateaubriand, Lamennais ou Ernest Renan, la littérature en langue bretonne, elle, est fort méconnue. Presque totalement inconnue hors des frontières péninsulaires parce qu’elle a été peu traduite, elle est mal connue en Bretagne même, en raison d’un contexte sociolinguistique particulier. La langue bretonne, en effet, a été très tôt délaissée par les classes dirigeantes bretonnes, fascinées par la cour de France ; le dernier souverain breton à s’exprimer en langue bretonne fut Alain iv Fergant, au début du xiie siècle. Par la suite, plusieurs siècles après l’annexion de la Bretagne par la France, le breton a été combattu par l’État. Cette lutte linguistique, instaurée lors de la Terreur révolutionnaire, a été relancée par la iiie République, qui a interdit la prédication en breton dans les églises et a incité les instituteurs publics à punir les enfants qui parlaient breton à l’école. Tout ceci a contribué à faire du breton une langue populaire d’expression essentiellement orale, dont la pratique s’est effondrée après la Seconde Guerre mondiale. Toutefois, à partir du xixe siècle et surtout des années trente, une poignée de lettrés s’est efforcée de rénover la langue bretonne et de la doter d’une littérature de qualité. Cependant, leur effort élitiste, s’il a porté d’incontestables fruits, a laissé derrière lui la masse de la population bretonnante (1 100 000 personnes en 1950, 250 000 en 1990), incapable de lire en breton. On se trouve donc à présent dans une situation paradoxale : des auteurs de talent, issus de l’intelligentsia régionale mais rarement bretonnants de langue maternelle, écrivent en breton une littérature qui se veut universelle mais qui est à la fois inaccessible aux non-bretonnants parce qu’elle n’est généralement pas traduite et incompréhensible par les locuteurs natifs, puisqu’ils sont illettrés dans leur langue maternelle…

À cet égard, un auteur se distingue toutefois du lot. Il s’agit de la poétesse Anjela Duval. D’une part, une fraction de son œuvre a été traduite et publiée en français[i], en anglais[ii] et en diverses autres langues[iii]. D’autre part, paysanne bretonnante de langue maternelle mais en même temps érudite, elle s’est exprimée en une langue admirable, qui constitue un pont entre le breton littéraire et le breton populaire et dialectal. Ce n’est d’ailleurs pas seulement son œuvre qui la différencie des autres auteurs bretons, c’est toute sa vie et nous tenterons, dans le présent article, de mettre l’accent sur les enseignements de portée universelle que l’une et l’autre recèlent.

Anjela Duval s’est consacrée à chercher la vérité au-delà des apparences et sans se soucier, en aucune manière, de ce que ses contemporains pouvaient penser d’elle ou de sa quête. Elle a combattu sa vie durant pour mettre ses actes en accord avec ses pensées. Enfin, elle a trouvé le bonheur en donnant sa vie aux autres…



* Maître de conférences à l’Institut universitaire de formation des maîtres de Bretagne.



[i] Cf. Piriou 1971, Laouenan 1982 ainsi que Duval, Hélias et Philippot 1995.

[ii] Cf. Timm 1990.

[iii] Gallois, irlandais, néerlandais, occitan…



Quête de vérité