— Soleil !
Pourquoi te lèves-tu si tard ?
Et pourquoi as-tu l’œil
si rouge ?
As-tu fait cette
nuit un cauchemar, qui t’a fait pleurer dans ton
sommeil ?
— Ni sommeil ni
rêve ni bon ni mauvais.
J’ai veillé toute
la nuit…
Tandis que
l’occident frivole dormait sur les cendres grises de ses lauriers j’ai fait le
tour de la Terre.
Et j’ai vu des gens
mourir de faim.
J’ai vu des gens
mourir de froid.
J’ai vu des gens
mourir de désespoir.
J’ai vu des gens
s’entre-tuer, des frères s’étrangler.
J’ai vu des peuples
opprimés.
J’ai vu un grand
dirigeant tomber sous la balle d’un dément.
J’en ai vu beaucoup
qui pleuraient :
Et j’ai continué,
indifférent…
J’en ai vu
cependant qui se moquaient des gens dans la peine, des gens dans la misère
Des gens sous le
joug.
C’est alors que
j’ai pleuré,
C’est pourquoi mon
œil est rouge.
— Soleil !
sèche tout de suite tes larmes !
La mer de Bretagne
adoucira bientôt
Ton œil rouge et
enflammé…
Un matin d’hiver 1964