Anjela Duval

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Pauvre Plouc

Pauvre Plouc !

— Grand temps que je me modernise

Dit Yann

Grand temps que j’achète des machines

— Et de faire un Emprunt

Bien sûr —

Et de trimer après

Jour et nuit. Dimanches, fêtes,

Sur mon tout. Hardi !

(Pour payer les millions du prêt.)

— Pauvre Yann !

Laisse les machines au magasin

Crois-moi

Cher homme, tu ne relèveras plus la tête !

Tes outils modernes

Tu n’auras pas fini de les payer

Qu’ils seront bons pour la ferraille…

 

— Achète-toi plutôt un crayon, vois-tu :

(Tu en auras trois pour dix-huit sous)

Tu trouveras du papier en quantité

Où tu voudras. Autant que tu voudras.

Et assieds-toi pour écrire.

Crois-moi

Cela te sera moins pénible.

Oui, écris, écris

Ce que tu veux. Comme tu veux

Tu trouveras des clients pour te lire

… Oh, tu ne gagneras pas plus

Qu’avec tes machines

Mais tu n’auras pas ton fardeau de dettes.

 

Et tu gagneras la célébrité

Cher homme. Doux Jésus !

Tu pourrais même te retrouver

Avec une statue après ta mort !

Ou même avant que tu meures

Grâce à ton crayon. Grâce à tes fadaises

Ton crayon de six sous !

 

Avec tes machines modernes

Tu vas gagner combien ?

Des ventrées de malheur.

La jalousie des uns.

Les moqueries des autres.

Et l’envie d’autres encore :

Et ces chers touristes !

Oh, disent-ils, le paysan

Ça ne fait plus

Que se promener

Sur son tracteur !

… N’est-ce pas ? Voilà

Des gens qui voient clair !

Oui, sur le papier !

 

Je te le dis

Paysan mon frère

Prends ton crayon et écris,

Tu seras bientôt un homme important,

Que chacun ira louant.

Attends, écoute ce que je te dis

En bas de ton écrit, signe

Si tu veux. Mais attention,

Attention. Mon pauvre homme

Ne donne pas ton adresse

Ta maison se changerait vite

En un lieu pire que l’enfer…

3 avril 1972

 

(Traduction Paol Keineg)
 

Gant Maria Prat hag an Dregeriz (1972)
 
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