Anjela Duval

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Poèmes de nuit, poèmes de jour

Poèmes de nuit, poèmes de jour

Si j’écris à l’ombre de ma lampe

Des vers maladroits et creux

Avec ce petit outil mal assuré dans ma main lasse

Si j’écris le soir au dos d’enveloppes

Des poèmes humbles : camelote

Où l’on ne trouve que des fleurs sauvages…

Et quelques miettes d’amour.

Car tout cela je le fais pour ceux que j’aime.

 

Mais j’écris, moi, d’autres poèmes

Et ce n’est pas à l’ombre de ma lampe

Mais à la lumière du soleil

Ce n’est pas au dos d’enveloppes

Mais sur la poitrine nue de Celui que j’aime

Sur la peau nue du Pays que j’aime

Ce n’est pas avec un outil que j’écris

Mais avec des instruments d’acier.

Je ne parle pas de lance ou d’épée

Mes instruments sont de paix et de culture.

 

Je n’écris pas des vers de douze pieds

En comptant sur mes doigts

Mais de douze fois douze enjambées… et plus.

Mes vers, je les écris avec l’acier tranchant de ma faux

Andain après andain dans les cheveux blonds de mon Pays

Le soleil en fait des poèmes aromatiques

Que mes vaches ruminent pendant les nuits d’hiver

 

Mes vers je les écris avec le soc de la charrue

Dans la chair vivante de ma Bretagne, sillon après sillon

— J’y dissimule des graines d’or —

Le Printemps en fera des poèmes :

Mers d’émeraude ondulant dans la brise

L’été en fera des étangs d’épis

Le vent d’août les mettra en musique

Et le chœur de la batteuse me chantera

Les journées ardentes du huitième mois

Les journées de peine de poussière de sueur.

Mes Poèmes sacrés et… méprisés !

Janvier 1966

 

(Traduction Paol Keineg)
 

Anjela da bemzek vloaz, o tougen ar c'hoef evit ar wech kentañ (1920).
 
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