Anjela Duval

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Vin rouge

Vin rouge

Bois. Bois donc. Bois sans hésiter

Bois jusqu’à déboire

Le marchand d’eau de vaisselle rouge

A besoin de vivre

Bois. Oui bois sans regarder à la dépense

Sans te soucier

De ta vieillesse.

Tu sais bien que l’État français

Est généreux à l’égard des tiens.

         — Quand tu n’auras plus rien à boire.

         Quand tu ne feras plus que vomir.

         Après que tu te seras bien ruiné

         On t’enverra là-bas

         (Dans la maison de sevrage)

         L’État français te prendra en charge.

         Oh, ne te fais pas de mauvais sang

         Là-bas on peut censément

         (En passant par le surveillant)

         Se procurer encore du rouge.

         Et du doux, et du fort.

Là-bas tu gagneras même une petite rente

                   Quand tu rentreras chez toi

                   (Il faut faire de la place aux autres)

                   On te fera une pension — incapacité de travail —

                   L’État français est tellement généreux !

 

         — Et toi, mon pauvre imbécile de Yann !

         Levé trois heures avant le jour.

         Une journée que tu dois prolonger

         De trois heures aux dépens de la nuit

         Toi mon cher Yannig trop sage

         Ou trop bête

         Qui vis de patates et de lait,

         D’eau de génisse et de cognac de vache

         (Accompagnés d’un peu de sang de pomme)

         Tu paieras sans broncher force impôts

À l’État français si généreux qui pensionne

         Les buveurs d’eau de vaisselle rouge.

         Pour qu’ils dorment, fument

         Et se moquent de toi, sacré lépreux

         Qui trime tout le jour

         Sur un bout de terre

         Que tu as payé trop cher

         À l’ivrogne

         Quand celui-ci buvait sa rente :

         L’héritage de ses parents.

 

         Tout de même je te défends toi l’ivrogne

         De t’approcher de moi

         De me bredouiller

         Des mots sortis du trou de ton cul

Parce que, comme tu le sais, je n’ai pas été

         À l’école de la patience…

5 janvier 1965

 

(Traduction Paol Keineg)
 

"Gant Anne Marine (evit an abadenn ""Escales"")"
 
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