Anjela Duval

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Désespoir

Désespoir

Vieille brebis que j’aimais tant

Douce, obéissante, tranquille

Fidèle comme un chien. Qui rôdais autour de la maison.

Combien d’agneaux m’as-tu donnés ?

Et ta laine pour me vêtir !

J’ai le cœur gros de toi — Mais toi, que penses-tu de moi ?

Penses-tu que je t’ai vendue

Parce que tu étais vieille

Et que tu avais les pieds délicats ?

C’est ce que je raconte. Et on me croit.

Hélas, la vérité est pire !

J’étais dans le besoin.

Plus rien pour faire de l’argent…

Cet argent dont on n’a jamais assez

Pénible est malgré tout cette vie

Une honte !

Depuis que je porte le collier

Sans un instant de répit. Sans cesse

Tout mon corps brisé.

La nuque pliant sous la charge.

Moquée et je passe pour une idiote

Parce que j’ai toujours été trop honnête

Et parce que c’est le Destin du paysan

De se sacrifier pour que le monde mange.

Pour rien…

De temps à autre le vieux paysan saisit

Sa fourche.

Il va, dit-il, la planter dans le ventre de ces messieurs,

Ces messieurs qui font si bon marché de sa peine,

de sa marchandise.

Mais voilà :

Il est brisé de fatigue.

Trop épuisé de désespoir,

Pour aller jusqu’au bout, pour aller plus loin.

Et il replante sa fourche

Dans le tas de fumier…

10 novembre 1964

 

(Traduction Paol Keineg)
 

Gant an Aotrou Klerg, person Bulien, kuzulier ha mignon Anjela.
 
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